Héritage : jusqu’à 9 000 milliards d’euros vont-ils changer de mains d’ici 2040 ?

Publié par Pierre-Antoine Martel
le 01/11/2026
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New Planet Media
Avec le vieillissement des baby-boomers, la France s’apprête à connaître un transfert de patrimoine considérable. Jusqu’à 9 000 milliards d’euros pourraient changer de mains d’ici 2040, selon certaines projections. Derrière ces montants spectaculaires, une question très concrète se pose : comment transmettre à ses proches sans compromettre sa propre sécurité financière ?

Une maison achetée il y a quarante ans, un appartement mis en location, une assurance-vie alimentée au fil des années… Le patrimoine transmis ne ressemble pas toujours à une fortune disponible sur un compte bancaire. Il représente souvent l’épargne d’une vie, avec une forte composante immobilière.

C’est précisément ce qui rend utile le fait de préparer sa transmission de patrimoine. Il ne s’agit pas seulement de réduire une éventuelle facture fiscale, mais aussi de protéger son conjoint, d’aider ses enfants au bon moment et d’éviter des difficultés au partage.

Jusqu’à 9 000 milliards d’euros : une projection, pas une certitude

Le chiffre donne le vertige. Dans son Livre blanc « Horizon 2040 », la Chambre des notaires de Paris évoque près de 9 000 milliards d’euros de patrimoine transmis d’ici 2040.

Une autre estimation invite toutefois à nuancer ce montant. Dans une étude rendue publique le 24 septembre 2026, le Conseil supérieur du notariat retient environ 6 200 milliards d’euros entre 2025 et 2040, dans son hypothèse médiane.

Pourquoi cet écart ? Les projections ne reposent pas toutes sur les mêmes hypothèses ni sur les mêmes périmètres. Le CSN souligne qu’aucun dispositif statistique ne mesure aujourd’hui de manière exhaustive l’ensemble des successions, des donations et des transmissions par assurance-vie.

Une chose reste essentielle pour les familles : ces montants nationaux ne constituent ni une promesse d’héritage pour chacun ni une somme disponible immédiatement. Les situations patrimoniales restent très différentes d’un foyer à l’autre.

Aider au bon moment, plutôt que transmettre dans l’urgence

Le vieillissement des générations nombreuses du baby-boom explique une grande partie de cette vague attendue. Mais le calendrier familial mérite autant d’attention que les montants.

Pour une personne qui hérite à 60 ans, les études des enfants et le premier achat immobilier peuvent déjà appartenir au passé. À l’inverse, ses propres enfants peuvent avoir besoin d’un apport pour se loger ou démarrer une activité.

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Cela ne signifie pas qu’il faudrait donner le plus tôt possible, à n’importe quel prix. Une donation doit répondre à un besoin familial et rester compatible avec les ressources du donateur.

Les débats sur la fiscalité ne doivent pas non plus pousser à agir dans la précipitation. Une proposition de réforme des dons familiaux n’est pas une règle applicable tant qu’elle n’a pas été adoptée et mise en vigueur.

Donner 100 000 euros à un enfant : ce que permet vraiment l’abattement

Chaque parent bénéficie d’un abattement de 100 000 euros par enfant, renouvelable tous les quinze ans. Il peut être utilisé en une seule fois ou à travers plusieurs donations.

Un couple peut donc transmettre jusqu’à 200 000 euros à un même enfant sans droits de donation au titre de ces abattements, à condition que chacun dispose encore de son abattement.

À cela peut s’ajouter l’exonération spécifique des dons familiaux de sommes d’argent, dans la limite de 31 865 euros tous les quinze ans. Mais elle comporte des conditions importantes :

  • le donateur doit avoir moins de 80 ans ;
  • le bénéficiaire doit être majeur ou émancipé ;
  • le lien familial doit faire partie de ceux autorisés ;
  • le don doit être déclaré dans le mois pour bénéficier de cette exonération.

Ainsi, un parent de moins de 80 ans peut, si les deux dispositifs sont intégralement disponibles, donner 131 865 euros à son enfant majeur sans droits de donation.

Attention à ne pas confondre absence d’impôt et absence de formalités. Les règles des dons d’argent familiaux imposent une déclaration, même lorsque rien n’est à payer. Depuis le 1er janvier 2026, celle-ci s’effectue en principe en ligne, sauf exceptions.

Autre point souvent oublié : un abattement utilisé pour une donation ne redevient pas automatiquement disponible au décès. Les donations intervenues dans les quinze années précédentes peuvent réduire l’abattement restant pour la succession.

Transmettre un logement tout en continuant à l’occuper

Vous souhaitez transmettre votre maison, mais vous avez besoin d’y vivre ou d’en percevoir les loyers ? La donation avec réserve d’usufruit permet de dissocier ces droits.

Vous donnez la nue-propriété du logement et conservez son usage ainsi que ses éventuels revenus. Pour calculer les droits de donation, la valeur fiscale de la nue-propriété dépend notamment de votre âge.

Cette solution présente toutefois une contrepartie : vous ne pourrez plus décider seul de vendre le logement en pleine propriété. Il faudra en principe l’accord des nus-propriétaires.

La donation immobilière nécessite un acte notarié. Avant de vous engager, faites examiner les conséquences d’un futur déménagement, d’une entrée en établissement ou du décès de votre conjoint. Conserver l’usufruit ne signifie pas conserver toute sa liberté sur le bien.

Petits-enfants : plusieurs solutions, mais des effets différents

Aider directement un petit-enfant peut avoir du sens lorsqu’il prépare un projet et que ses parents disposent déjà de ressources suffisantes.

La donation-partage transgénérationnelle permet d’organiser une transmission entre plusieurs générations. Elle nécessite un acte notarié et l’accord de l’enfant dont les descendants reçoivent tout ou partie de la part concernée. Ce n’est donc pas un simple moyen de « sauter » une génération sans la consulter.

L’assurance-vie répond à une autre logique : désigner un petit-enfant comme bénéficiaire permet d’organiser un versement au décès de l’assuré, pas de lui apporter immédiatement de l’argent. La clause bénéficiaire et les règles fiscales du contrat doivent être examinées séparément.

La priorité : garder les moyens de vivre comme vous le souhaitez

Avant de calculer ce que vous pouvez donner, commencez par estimer ce dont vous pourriez avoir besoin. Dépenses courantes, entretien du logement, aide à domicile, imprévus : une transmission réussie ne doit pas vous placer en difficulté quelques années plus tard.

Les éventuels frais de santé et de perte d’autonomie méritent notamment d’être intégrés à la réflexion. Posséder un bien immobilier ne remplace pas une réserve d’argent facilement accessible.

Le premier rendez-vous utile consiste donc à faire un bilan : patrimoine, revenus, donations déjà réalisées, besoins futurs et objectifs familiaux. Un notaire pourra ensuite comparer les solutions adaptées à votre situation.

Bien transmettre, ce n’est pas donner le maximum. C’est aider ses proches tout en préservant son indépendance.

Sources

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