Argent liquide : la liste des commerçants qui n’ont plus le droit de le refuser

Publié par Matthieu Chauvin
le 27/05/2026
Caisse automatique
Istock
Photo d'illustration
Vous avez sans doute déjà croisé ce petit panneau "CB uniquement" à la caisse de votre boulangerie ou dans un supermarché le dimanche. Pourtant, imposer la carte bancaire est une pratique souvent illégale en France. Découvrez quels sont les commerces dans le viseur des autorités et s'il est possible de faire valoir vos droits pour continuer à payer avec vos billets et pièces.

Les habitudes changent, et les terminaux de paiement sans contact ont récemment pris le dessus sur les billets. Selon les données du Sénat début 2024, les espèces représentent pourtant encore 1 transaction sur 2 en France. Un équilibre que les autorités entendent bien protéger.

Régler ses achats en monnaie relève parfois du parcours du combattant face à la numérisation des enseignes. Pourtant, votre droit de payer en espèces reste fermement encadré par la loi, sous le regard attentif du Comité national des moyens de paiement (CNMP) et de la Banque de France. Encore faut-il comprendre la réglementation.

Le panneau "CB uniquement" : une infraction à 150 euros

Contrairement à une idée tenace, un commerçant ne possède pas le pouvoir de refuser votre monnaie arbitrairement. L'affichage sauvage de panonceaux "Pas d'espèces" ou "Carte bancaire uniquement" tombe sous le coup de la loi. Cette pratique constitue une infraction passible d'une amende de 150 euros par refus constaté, selon l'article R642-3 du Code pénal.

Cette règle s'appuie sur le principe du "cours légal". En France, l'euro demeure la seule devise reconnue pour éteindre une dette. Votre créancier, qu'il soit épicier ou coiffeur, a donc l'obligation d'accepter ce mode de règlement.

Cette protection s'avère nécessaire face à une tendance qui alerte les régulateurs. Si les paiements par carte atteignent désormais 48 % contre 43 % pour les espèces en 2024, la Banque de France multiplie les avertissements. Maintenir l'accès au cash permet de protéger le pouvoir d'achat des populations les plus fragiles.

Identifier la liste noire des commerces sous surveillance

Certains secteurs font l'objet d'une attention toute particulière. Les supermarchés et leurs caisses automatiques figurent en tête de cette liste. Des enseignes comme Carrefour ou Casino ont dû revoir leurs pratiques après avoir imposé la carte bancaire sur leurs automates, notamment lors des ouvertures dominicales sans personnel.

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Les boulangeries et les commerces de bouche "concept" suivent le même chemin. De nombreux établissements urbains choisissent le tout numérique pour accélérer le passage en caisse et réduire les erreurs. Sans alternative en liquide proposée aux clients, cette démarche bascule dans l'illégalité.

Le problème s'étend également aux festivals et événements sportifs. Les organisateurs imposent souvent des bracelets ou des cartes "cashless". Cette méthode reste tolérée, à la stricte condition de proposer un guichet permettant de recharger ces supports avec des espèces sur le site même de l'événement.

Enfin, les commerces ouverts le dimanche tentent souvent de contourner la loi. Ils justifient le refus des espèces par l'absence d'employés habilités à gérer un fond de caisse. Une excuse balayée par la Banque de France, qui juge ce motif totalement irrecevable.

Maîtriser les exceptions et solutions pour imposer ses billets

La règle comporte toutefois des exceptions. Le commerçant gagne le droit de refuser vos espèces dans des situations très précises :

  • si vous tentez de régler un seul achat avec plus de 50 pièces ;
  • si vous ne présentez pas l'appoint. Selon l'article L112-5 du Code monétaire et financier, c'est au client de réunir la somme exacte. L'artisan n'est pas tenu de vous rendre la monnaie sur un gros billet ;
  • si les billets semblent abîmés ou suspects (risque de fausse monnaie) ;
  • pour des raisons évidentes de sécurité, notamment dans les commerces ouverts de nuit.

Gardez aussi en tête les limites de paiement. Pour un résident fiscal français, le règlement en espèces est plafonné à 1 000 euros. Ce montant monte à 15 000 euros pour un non-résident. À noter que l'Union européenne limite désormais ces transactions à 10 000 euros pour lutter contre le blanchiment.

Si vous subissez un refus abusif, agissez. Rappelez avec courtoisie l'existence de l'article R642-3 du Code pénal. En cas de blocage persistant, signalez l'établissement sur la plateforme SignalConso de la DGCCRF. Vous pouvez même saisir le Défenseur des droits si ce refus s'apparente à une discrimination, par exemple si vous ne possédez aucune carte bancaire.

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