Loyers impayés : un propriétaire coupe l’électricité de son locataire
Un octogénaire coupe le courant face à une lourde dette locative
Le 1er avril 2026, date marquant officiellement la fin de la période de la trêve hivernale, Michel décide brutalement de passer à l'acte. Selon les informations rapportées par Capitale, ce retraité a délibérément neutralisé l'alimentation électrique de son locataire, un individu qui se maintient physiquement dans les lieux en dépit d'une expulsion validée par les juges.
En effet, le tribunal d'instance avait arrêté la dette locative à la somme de 7 700 euros en janvier dernier. Aujourd'hui, l'ardoise frôle dangereusement la barre des 12 000 euros. Face à cette situation totalement bloquée, alors que l'ordre de quitter l'appartement avait été formellement prononcé le 13 janvier 2026, le propriétaire fustige une impunité totale de l'occupant. "J’ai fait tout ce qu’il fallait faire. Je ne peux plus payer", témoigne le vieil homme.
La lenteur des procédures d'expulsion malgré la nouvelle législation
Malgré la promulgation récente de la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023 visant officiellement à rééquilibrer les relations locatives, l'exécution d'un jugement d'expulsion reste un véritable parcours du combattant. Si le texte durcit les sanctions contre les squatteurs, chasser un locataire défaillant dépend in fine de l'obtention du concours de la force publique. Une fois le commandement de quitter les lieux (CQTL) signifié par huissier, le dossier atterrit sur le bureau de la préfecture.
Le préfet territorialement compétent dispose alors d'un délai strict pour autoriser, ou refuser, l'intervention physique de la police ou de la gendarmerie nationale. À cette lourdeur purement administrative s'ajoute systématiquement le bouclier protecteur de la trêve hivernale. L'interdiction constitutionnelle de procéder aux expulsions entre le 1er novembre et le 31 mars fige mécaniquement les dossiers, prolongeant d'autant l'attente pour les propriétaires ayant pourtant gagné leur procès en début d'année civile.
Les lourdes sanctions pénales pour les propriétaires expéditifs
Céder à la colère et agir seul constitue une faute magistrale sur le terrain juridique. En privant un occupant de chauffage, d'électricité ou d'eau courante, le bailleur bascule instantanément dans l'illégalité et se rend coupable d'un délit pénal. L'article 226-4-2 du Code pénal pose des limites strictes : "Le fait de forcer un tiers à quitter le lieu qu'il habite [...] à l'aide de manœuvres, menaces, voies de fait ou contraintes est puni de trois ans d'emprisonnement et de 30 000 € d'amende". Le locataire peut alors se retourner contre son propriétaire au tribunal.
Au lieu d'enfreindre la loi en pénétrant par la force dans le logement, le propriétaire doit impérativement mandater un commissaire de justice pour suivre la procédure jusqu'à son terme. Si les services de l'État refusent d'octroyer le soutien des forces de l'ordre après l'expiration du délai légal, le bailleur conserve une porte de sortie. Il doit engager la responsabilité de l'État devant la juridiction administrative afin d'obtenir le versement d'une indemnité couvrant intégralement le montant des loyers perdus.
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