Le russe ne sera bientôt plus enseigné en France

Publié par Stéphane Leduc
le 21/07/2026
Une salle de classe française contemporaine et lumineuse, aux murs vert sauge très clair. Sur un pup
New Planet Media
Photo d'illustration
Pour la première fois depuis les années 1970, aucun poste d'enseignant de russe ne sera ouvert aux concours du Capes et de l'agrégation en 2026.

Cette décision gouvernementale marque un tournant majeur pour l'apprentissage des langues slaves dans l'Hexagone. Entre des tensions diplomatiques persistantes et une baisse continue de l'attractivité de la discipline, l'État se désengage de la formation de ces enseignants spécialisés. Ce choix soulève de nombreuses inquiétudes quant à l'avenir des professeurs stagiaires, menacés de précarité, et des élèves passionnés par cette culture.

Une année blanche historique pour le recrutement

Le ministère de l'Éducation nationale acte une pause totale des embauches pour la session 2026. Selon l'arrêté du 29 janvier 2026 fixant la répartition des postes, aucune place ne sera ouverte au Capes, externe comme interne, ni à l'agrégation de russe. Cette mesure s'applique uniformément à l'enseignement public et au privé sous contrat, gelant complètement le renouvellement de tout le corps enseignant titulaire pour l'année à venir.

Il s'agit d'une véritable rupture symbolique, la première depuis le début des années 1970. Avant l'offensive en Ukraine, le recrutement se maintenait entre sept et neuf postes annuels. Ce chiffre s'était effondré à deux enseignants en 2025, pour finalement atteindre un volume nul. Face à cette situation alarmante, l'Association française des russisants (AFR) a adressé une lettre ouverte au président de la République en décembre 2025. L'organisation y dénonce une situation « inédite » qui menace directement une « forte tradition d'enseignement du russe » en France.

Déclin des effectifs et enjeux géopolitiques autour du russe

La désaffection des élèves pour cet idiome s'accentue d'année en année. À la rentrée 2024, à peine 10 000 élèves étudiaient encore la langue dans le secondaire, collèges, lycées et classes préparatoires confondus. D'après les données du rapport RERS 2025, le russe ne représente plus que 6 % des élèves choisissant une troisième langue vivante (LV3). L'hégémonie de l'anglais et de l'espagnol étouffe les autres options.

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La guerre en Ukraine, entamée en février 2022, aggrave lourdement cette dynamique. La dégradation de l'image de la Russie pèse sur les choix d'orientation, même si le russe restait la langue non communautaire la plus étudiée dans l'Union européenne avec environ 2,7 % des élèves en 2023, selon les rapports d'Euronews. L'AFR redoute de voir la discipline reléguée au rang de langue « rare », à l'instar de certains dialectes régionaux en voie d'extinction scolaire. Les experts pointent du doigt le risque d'un « déficit d'expertise » stratégique de la France sur le monde slave. Du côté des étudiants en Master MEEF, cette annonce ferme toute perspective de titularisation. Ce blocage laisse présager une « précarisation de la discipline », l'administration risquant de recourir uniquement à des vacataires.

Conséquences directes pour les élèves et les futurs professeurs

La suppression de ces concours ne signe pas l'arrêt de mort immédiat de la matière dans les établissements scolaires. Les professeurs déjà titularisés conservent leurs postes et continuent d'assurer leurs cours. Néanmoins, les fermetures de classes interviendront progressivement, faute de remplaçants pour pallier les prochains départs à la retraite.

Le ministère justifie régulièrement ces coupes par le manque de candidats ou l'inadéquation avec les effectifs réels d'élèves. Toutefois, le climat diplomatique actuel teinte cette décision d'une évidente dimension politique. Pour les familles souhaitant maintenir cet apprentissage, les solutions de proximité vont rapidement se raréfier. L'inscription aux cours à distance du CNED ou l'appel à des instituts privés deviendront bientôt la norme pour compenser la disparition des sections dans le service public.

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