Travail au noir : un record à plus de 1,5 milliard d’euros

Publié par Sarah Martin
le 23/02/2026
Travail au noir : un record à plus de 1,5 milliard d’euros
Istock
Le travail dissimulé continue de progresser. Les contrôles de l’Urssaf font apparaître, pour la deuxième année d’affilée, des redressements supérieurs à 1,5 milliard d’euros, un record. Mais dans les faits, les montants effectivement récupérés restent faibles.

Les chiffres publiés par l'Urssaf en mars 2025 marquent un tournant statistique indéniable. L'organisme a notifié un montant record de 1,586 milliard d'euros de redressements au titre du travail dissimulé pour l'année 2024. Cette performance représente une hausse spectaculaire de 34 % par rapport à l'exercice précédent, témoignant d'une capacité de ciblage nettement améliorée des inspecteurs sur le terrain.

Pourtant, cette victoire administrative masque une réalité financière beaucoup plus sombre. Selon une analyse de la Fondation IFRAP, le taux de recouvrement effectif demeure dérisoire face à l'ampleur des sommes détectées. Sur ce 1,6 milliard réclamé, à peine 121 millions d'euros ont finalement rejoint les caisses de l'État

BTP et sociétés fantômes : une fraude insaisissable

L'analyse sectorielle du bilan 2024 désigne un mauvais élève incontesté. Le secteur du Bâtiment et des Travaux Publics (BTP) concentre plus de la moitié des redressements nationaux, totalisant 877 millions d'euros. Il devance très largement les services aux entreprises (207 millions) et le commerce (57 millions). La structure même de ces chantiers, souvent fragmentés en multiples niveaux de sous-traitance, facilite l'opacité des transactions.

L'explication majeure de l'échec du recouvrement réside dans la stratégie de l'évaporation via les "sociétés éphémères". Ces structures sont montées dans l'unique but de frauder et n'ont aucune intention de pérennité. "Le recouvrement est difficile parce qu'il y a des entreprises qui sont faites uniquement pour frauder et qui disparaissent dès que vous les identifiez", soulignait récemment Damien Ientile, le directeur de l’Urssaf-Caisse nationale, lors d'un point presse. Lorsque l'inspecteur intervient, la coquille est déjà vide, les actifs sont liquidés et les dirigeants volatilisés.

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À cette méthode artisanale s'ajoute désormais l'essor de la fraude numérique. Les enquêteurs font face à des montages sophistiqués incluant l'usurpation d'identité pour créer de faux comptes de micro-entrepreneurs sur les plateformes. Ces mécanismes dématérialisés rendent la localisation des véritables bénéficiaires et la saisie de leurs fonds quasi impossibles avec les outils traditionnels.

Conséquences pour le modèle social et solutions futures

L'impact de cette évasion n'est pas qu'une ligne comptable, il pèse lourdement sur le modèle de solidarité nationale. L'Urssaf rappelle que ce 1,6 milliard d'euros non récupéré représente une perte sèche conséquente. Cette somme équivaut, à titre de comparaison, au financement de 91 millions de consultations chez le médecin généraliste ou à la prise en charge de 650 000 accouchements.

Pour tenter d'endiguer cette insolvabilité organisée, l'État mise désormais sur une nouvelle arme juridique : la "flagrance sociale". Ce dispositif, inspiré du droit fiscal, doit permettre aux inspecteurs de saisir les actifs, comptes bancaires, véhicules, matériel, dès la constatation de la fraude, sans attendre la fin des longues procédures administratives. 

En parallèle, la responsabilisation des donneurs d'ordre se durcit. Les fermetures administratives d'établissements seront plus systématiquement appliquées aux entreprises ayant recours, même indirectement, au travail dissimulé.

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