"Nouveau choc pétrolier" et "inflation durable" en France selon le ministre de l'Économie, qui fait machine arrière le lendemain

Publié par Matthieu Chauvin
le 25/03/2026
Roland Lescure
Adobe Stock
©Billioux Yannick/ABACA
Face à la crise au Moyen-Orient et la flambée historique du gazole, le gouvernement alerte sur un nouveau choc économique qui va percuter le pouvoir d'achat des ménages français. Mais il vient de faire machine arrière.

L'accalmie aura été de très courte durée pour le portefeuille des ménages. Les récents troubles géopolitiques propulsent les tarifs de l'énergie vers des sommets inquiétants, réveillant la menace d'une hausse généralisée des prix dans les rayons. Face à cette donne inédite, l'exécutif et les instituts statistiques revoient leurs copies en urgence, plongeant le pays dans une période de turbulences financières majeures.

L'avertissement de Bercy sur une instabilité économique systémique

L'heure n'est plus du tout à l'optimisme du côté du gouvernement. Le ministre de l'Eocomie, Roland Lescure, écarte publiquement l'hypothèse d'une perturbation passagère. Sa déclaration, faite devant l'Assemblée le 24 mars, annonce l'entrée de la France dans une zone de fortes secousses : "L’hypothèse d’une crise passagère (...) n’est plus d’actualité."

Le marché mondial de l'or noir paralysé par les tensions

L'escalade des affrontements militaires au Moyen-Orient constitue le moteur principal de cette surchauffe. Les menaces qui ciblent spécifiquement le détroit d’Ormuz bloquent près d'un cinquième du trafic maritime pétrolier. D'après la presse économique spécialisée, 11 millions de barils par jour manquent désormais à l'approvisionnement de l'économie mondiale.

Roland Lescure explique, relate Le Figaro : "Avec la crise, ce sont 15 à 20% du pétrole, 20% du gaz naturel liquéfié, au niveau mondial, qui n’arrivent plus sur les marchés. Ce sont donc 11 millions de barils en moins par jour pour l’économie mondiale. Cette situation constitue un nouveau choc pétrolier. Et si ce choc énergétique persiste au-delà de quelques semaines, la crise pourrait se diffuser plus largement à l’économie, et être au fond d’une nature plus systémique." Puis, étrangement, il pondère : "Mais nous n'y sommes pas encore."

Vous avez aimé cet article ?

L'inflation va sévir à nouveau

Selon Roland Lescure "Une hausse permanente de 10 dollars du baril représente environ 0,1 point de croissance en moins, et 0,3 point d’inflation en plus. Un baril qui resterait probablement à 100 dollars, soit un choc de 35 dollars par rapport au scénario d’avant-crise, conduirait à un impact négatif de 0,3 à 0,4 point sur la croissance et d’un point sur l’inflation." Il cite ensuite les prévisions de l’Insee, pour lequel notre croissance économique devrait ralentir en 2026, "à 0,2% au premier trimestre comme au deuxième." Mais il estime, rapportent nos confrères, qu'il est "trop tôt" pour repenser le budget de l'Etat.

L'Institut national de la statistique et des études économiques confirme cette tendance lourde dans sa dernière note de conjoncture titrée "Inflation ravivée, croissance fragilisée". Elle prévoit que l'inflation, mesurée à 0,9 % en février, franchira le seuil des 2 % durant le printemps, pour culminer à 2,1 % en mai 2026.

Des fiches de paie rognées et une épargne fortement sollicitée

Ce climat inflationniste attaque frontalement le budget quotidien des familles. L'Insee anticipe une contraction du salaire réel estimée à 0,5 % pour le deuxième trimestre 2026, la progression des rémunérations peinant à compenser la flambée des étiquettes. Ce rebond des prix va néanmoins enclencher un mécanisme de protection pour les travailleurs les plus modestes. Le site financier MoneyVox signale que si l'inflation se maintient durablement au-dessus des 2 %, une revalorisation automatique du Smic interviendra dès l'été 2026.

Dans l'attente de cette mesure, les Français modifient radicalement leurs habitudes de consommation. Selon les constats de CNews, les ménages restreignent activement leurs achats. Les coupes budgétaires ciblent prioritairement les dépenses de transport (+ 45 centimes le litre de gazole + 23 centimes celui de l'essence) et énergétiques (hausse du prix du gaz dès le 1er mai), tandis que les livrets d'épargne servent de rustines pour régler les factures courantes. Bien que le mix énergétique nucléaire limite les dégâts, épargnant à l'Hexagone l'inflation à 3 % qui frappe l'Espagne ou l'Italie, le bilan reste morose. La France encaisse le choc, mais sa croissance économique subit une révision drastique à la baisse, plafonnant à un maigre 0,2 % pour le premier semestre.

Dernière minute ! Roland Lescure revient sur ses propos

Une information de dernière minute a été révélée par Le Figaro : Roland Lescure fait machine arrière. A propos du terme "choc pétrolier" : "Il s’appliquait dans mes mots à la situation internationale et en aucun cas à la situation française, mais il a visiblement déclenché un débat vis-à-vis de la situation française", aurait déclaré le ministre de l’Économie mercredi 25 mars durant le compte rendu du Conseil. "Non on n’en est pas là" en France."

"La France, elle est mieux préparée, elle est moins exposée (...) que ses voisins européens, et a fortiori évidemment que les pays asiatiques qui sont directement concernés. Donc, ce terme de choc, il est valable dans un certain nombre de pays asiatiques, où on a des mesures de rationnement»

Il affirme finalement que la France a "libéré de manière très ponctuelle 250 000 barils" de ses réserves "dans des régions où il y avait des manques ponctuels dans certains réservoirs, afin de permettre un approvisionnement total des stations-service. Mais on n’a aucun problème d’approvisionnement à court terme en France, sur le gasoil, sur le jet (kérosène, NDLR) ou sur l’essence." Selon nos confrères,"97% des stations-service fonctionnent normalement en France sans problème de rupture d’au moins un carburant."

Google News Voir les commentaires