Procès Renault-Nissan : Rachida Dati en furie face aux avocats de la partie civile
L'ancienne garde des Sceaux comparaît devant la justice pour répondre d'accusations de corruption passive et de trafic d'influence en lien avec l'alliance automobile internationale. Ce face-à-face attendu s'inscrit au cœur d'une affaire instruite depuis plusieurs années autour de contrats passés avec la filiale néerlandaise du groupe. L'audience a rapidement basculé dans un affrontement direct entre l'élue et les représentants de l'entreprise.
L'événement : passe d'armes et suspension d'audience au tribunal de Paris
L'audition du 24 septembre 2026 s'est envenimée lors des questions posées par le conseil du groupe Renault, Me Kami Haeri. L'avocat de la partie civile a interrogé avec insistance la prévenue sur la consistance exacte des missions juridiques facturées en Corée du Sud et en Iran. Les échanges ont rapidement gagné en intensité à mesure que le conseil cherchait à obtenir des précisions matérielles sur les livrables remis par la responsable politique durant cette période.
Face à ces interrogations, l'ancienne ministre a vivement contesté la grille de lecture des parties civiles. Dénonçant un procès d'intention ciblant sa légitimité professionnelle, elle a rétorqué sèchement : "Je vous ai vu faire. Je connais votre pratique. Vous déformez. Ça ne marche pas avec moi. Vous vous écoutez parler", comme le rapporte l'AFP. L'actuelle maire du VIIe arrondissement de Paris a défendu la régularité de ses démarches et son statut d'avocate internationale face aux critiques formulées à la barre. "C'est marrant. Il n'y a que vous qui êtes compétent. Pour vous, personne ne peut avoir de compétences!" a-t-elle aussi lancé.
Le ton est encore monté d'un cran, révèle BFMTV : "Je sais que vous voulez réduire mon travail d’avocat à rien, de la conversation à du téléphone. On discute, on boit du thé. On est entre Arabes. Je ne m’énerve pas, je dis les choses. La langue française n’est peut-être pas ma langue maternelle, mais je sais lire et écrire. Et je suis française."
L'escalade verbale et les interruptions répétées ont fini par interrompre les débats. Constatant l'impossibilité de poursuivre sereinement les échanges, la présidente du tribunal Claire Saas a prononcé une suspension de séance pour apaiser le climat d'audience avant la reprise des interrogatoires.
Le décryptage : travail de conseil ou lobbying parlementaire dissimulé
Les débats portent sur les investigations ouvertes en 2019 par la justice financière. L'enquête vise 900 000 euros d'honoraires perçus entre 2010 et 2012, soit 300 000 euros par an, dans le cadre d'une convention signée le 28 octobre 2009 avec RNBV, la filiale néerlandaise dirigée alors par Carlos Ghosn. L'ancien grand patron de l'alliance demeure absent du banc des prévenus en raison de son statut de fugitif au Liban.
La ligne de fracture oppose fermement l'accusation à la défense. Le Parquet national financier (PNF) et les parties civiles soutiennent que ces rémunérations masquaient en réalité une activité d'influence au sein du Parlement européen, où l'élue siégeait alors. De son côté, la défense rétorque que ces sommes correspondaient à des consultations stratégiques couvertes par le secret professionnel et conformes aux règles déontologiques de la profession d'avocat.
Les enjeux sont majeurs pour la prévenue. Poursuivie notamment au titre de l'article 435-1 du Code pénal, Rachida Dati encourt jusqu'à dix ans d'emprisonnement, une amende pouvant atteindre un million d'euros et une mesure d'inéligibilité. Une telle condamnation fragiliserait son actuel mandat municipal et fermerait la porte à une réintégration future au sein de la magistrature.
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