Procès de la petite martyre de l’A10 : « Je croyais qu’elle était toujours vivante », déclare la mère d’Inass
Près de quatre décennies après la mort d'Inass Touloub, âgée d'environ 4 ans, le procès de ses parents s'est ouvert devant la cour d’assises du Loir-et-Cher. Les jurés se retrouvent plongés dans l'un des dossiers criminels les plus marquants de France, resté sans nom pendant trente et un ans. Les accusés, aujourd'hui septuagénaires, doivent répondre des sévices infligés à la fillette dans un climat particulièrement lourd.
Un face-à-face glaçant avec les jurés et des dénégations déconcertantes
Dans la salle d'audience, les écrans diffusent les photographies insoutenables du cadavre mutilé de la victime. Face à ces images insoutenables, Halima El Bakhti, 72 ans, et Ahmed Touloub, 74 ans, gardent la tête obstinément baissée. Cette posture d'évitement provoque la réaction immédiate de la présidente de la cour, Audrey Debeugny, qui interpelle directement le box : « Je vois que vous ne regardez pas les photos », rapporte le quotidien Ouest-France.
Interrogée par les magistrats, la mère de famille maintient une ligne de défense jugée lunaire par les parties civiles. Accusée d'actes de torture et de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner, elle déclare sans ciller qu'elle ignorait le décès de sa propre fille jusqu'à son interpellation. Selon ses propos rapportés par l'AFP, elle affirme qu'elle pensait qu'Inass vivait toujours, confiée à des proches au Maroc.
De son côté, le père affiche un détachement troublant face aux questions pressantes de la cour. « C’est difficile pour moi de réagir à ça », lâche l'homme d'une voix faible selon Ouest-France, alors qu'il comparaît pour complicité sous le coup d'une expertise neurologique pour évaluer ses facultés. La tension atteint un sommet lorsque la mère s'effondre en plein milieu des débats, victime d'un malaise physique imposant une suspension temporaire d'audience.
Du mystère de Suèvres à la vérité génétique d'un calvaire familial
Le calvaire d'Inass se révèle d'une noirceur extrême à travers les rapports scientifiques. Entendue comme témoin, une médecin légiste détaille une agonie particulièrement lente. Les examens post-mortem avaient révélé une vingtaine de morsures humaines, de multiples traces de brûlures au fer à repasser, des fractures échelonnées dans le temps et un état de cachexie avancée. « Il y avait des lésions partout, même sur les zones découvertes », précise l'experte citée par l'AFP, avant d'ajouter : « L'enfant a eu mal, il y a eu une période d'agonie ».
Cette réalité clinique fait écho aux souvenirs des enquêteurs de l'époque. « Je n’ai jamais vu un corps d’enfant autant martyrisé », relate un ancien gendarme de la section de recherches d'Orléans, dépêché le 11 août 1987 dans le fossé de Suèvres où gisait le corps enroulé dans une couverture. L'affaire piétine durant trois décennies sous l'étiquette d'un cold case non résolu, avant qu'un prélèvement génétique effectué sur l'un des frères d'Inass ne fasse enfin réagir le FNAEG en juin 2018.
Ce recoupement biologique inespéré permet l'arrestation conjointe des parents après trente et un ans de silence administratif et familial. Désormais confrontés aux jurés populaires, les deux accusés encourent la réclusion criminelle à perpétuité pour ce martyre commis à huis clos.
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