Pourquoi on dit « tirer le diable par la queue » : 8 expressions à l’origine surprenante

Publié par Stéphane Leduc
le 14/09/2026
Poser un lapin
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La langue française regorge de formules imagées que nous employons chaque jour sans en soupçonner l'histoire. De l'évocation du Malin aux ruses des corporations médiévales, ces locutions familières cachent des anecdotes étonnantes qui éclairent l'évolution de notre lexique.

Les expressions idiomatiques ponctuent nos échanges quotidiens de manière instinctive. Qu'il s'agisse d'évoquer des difficultés financières, un rendez-vous manqué ou une situation d'embarras, ces images verbales s'imposent d'elles-mêmes dans la conversation. Pourtant, la majorité des locuteurs ignore le sens littéral primitif des mots employés, perpétuant par automatisme des métaphores dont les racines matérielles et sociales se sont effacées au fil des siècles.

Décrypter les témoins insolites de notre histoire

Ces tournures constituent de précieux témoins du passé. Elles conservent les traces d'usages judiciaires oubliés, de techniques de chasse abandonnées, d'ordonnances royales ou de disciplines monastiques rigoureuses. Chaque formule agit comme une véritable capsule temporelle qui raconte la vie quotidienne en France, du Moyen Âge jusqu'au XIXe siècle en passant par l'Ancien Régime.

Découvrir le sens caché derrière nos habitudes verbales

Un décalage saisissant sépare souvent la signification moderne d'une locution de son contexte d'apparition. Des sentiments comme le soupçon ou le trouble intérieur puisaient autrefois leurs racines dans le vocabulaire amoureux ou les désagréments physiques causés par la vermine. L'évolution des mœurs a transformé ces allusions très concrètes en simples métaphores intellectuelles.

Explorer huit formules incontournables du quotidien

Ce parcours linguistique met en lumière huit formules emblématiques du patrimoine oral, à commencer par la célèbre injonction financière consistant à « tirer le diable par la queue ». Le passage d'un péage parisien sous Saint Louis, l'interrogatoire rude d'un prévenu ou les secrets de fard des dames de la cour illustrent la diversité des sources populaires de notre lexique.

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Enrichir ses échanges avec les subtilités de la langue

Comprendre l'origine exacte de ces expressions permet de briller en société, d'éviter les contre-sens et de redécouvrir le français sous un angle vivant. Ces anecdotes historiques redonnent toute leur saveur aux conversations courantes en dévoilant l'ingéniosité de nos ancêtres pour qualifier les aléas de l'existence.

Tirer le diable par la queue

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Bourse en cuir ancienne fermée par des cordons sur une table en bois.
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Attestée dès le début du XVIIe siècle, cette expression illustre le combat quotidien d'un individu confronté à des ressources financières critiques. L'image populaire renvoie à un indigent tellement acculé qu'il tente de retenir le diable en fuite par la queue pour lui arracher une ultime pièce d'argent.

Une seconde hypothèse renvoie à l'ancienne métaphore d'une bourse totalement vide dans laquelle « le diable logeait », contraignant son propriétaire à tirer vainement sur les cordons sans parvenir à en extraire le moindre denier.

Payer en monnaie de singe

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Un petit singe espiègle fait de l'équilibre sur une corde sur un vieux pont de pierre
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Utilisée pour signifier qu'un débiteur trompe son créancier avec de vaines promesses ou des balivernes, cette tournure prend racine au XIIIe siècle sous le règne de Saint Louis. Le prévôt de Paris, Étienne Boileau, en consigne l'usage officiel dans son célèbre Livre des métiers.

À cette époque, les bateleurs et montreurs d'animaux voulant franchir le Petit-Pont pour entrer dans Paris bénéficiaient d'une exemption fiscale exceptionnelle : le péage était réglé par un tour ou une grimace du singe, dispensant son maître de débourser de véritables pièces de monnaie.

Découvrir le pot aux roses

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Pot ancien en porcelaine entrouvert et roses fraîches sur une table.
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Employée depuis l'époque médiévale, cette locution signale la mise au jour d'une ruse, d'une supercherie ou d'un secret soigneusement dissimulé. En ancien français, le verbe « découvrir » signifiait littéralement soulever un couvercle pour en examiner le contenu.

L'image provient du petit pot de fard rose utilisé par les dames de la cour pour teinter leur teint. Ce récipient précieux servait également à cacher des billets doux ou des confidences intimes : soulever ce récipient revenait à dévoiler l'artifice et les intrigues amoureuses de sa propriétaire.

Tomber dans le panneau

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Filet en corde traditionnel tendu dans un sous-bois forestier lumineux.
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Cette formule familière désigne une personne crédule qui tombe tête baissée dans un piège tendu par autrui. Contrairement aux apparences, l'expression ne doit rien aux affichages routiers ou urbains modernes, mais découle directement des traités de chasse médiévaux.

Le terme « panneau », dérivé du mot latin désignant un morceau d'étoffe, qualifiait alors un filet de corde tendu sur les sentiers forestiers. Le gibier en fuite, incapable de distinguer le maillage dans la pénombre des fourrés, s'y jetait et s'y retrouvait immédiatement captif.

Poser un lapin

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Un petit lapin blanc assis à une table de café en terrasse.
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Signifiant aujourd'hui faire faux bond à quelqu'un en omettant délibérément de se présenter à un rendez-vous, cette locution est issue de l'argot des faubourgs parisiens du XIXe siècle. Un « poseur de lapin » désignait alors un client qui prenait la fuite sans rémunérer les faveurs d'une femme galante.

L'expression s'inspirait des foires populaires de la capitale, où les lapins mécaniques des stands de tir servaient d'attrape-nigauds : les joueurs visaient ces cibles sans jamais parvenir à remporter le lot promis par le forain.

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Être sur la sellette

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Petit tabouret bas en bois rustique dans une pièce lumineuse.
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Se retrouver sur la sellette décrit la situation inconfortable d'une personne exposée à un flot de questions accusatrices, de critiques acerbes ou au jugement public. La formule provient de l'appareil judiciaire d'Ancien Régime, aboli lors de la Révolution française.

Durant les procès criminels, les magistrats faisaient asseoir l'accusé sur un tabouret de bois minuscule et particulièrement bas. Ce dispositif d'interrogatoire visait à humilier le prévenu et à rompre ses défenses psychologiques avant l'annonce du verdict.

Avoir voix au chapitre

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Moines en assemblée dans la salle capitulaire d'une abbaye.
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Cette expression indique qu'un individu dispose du droit, de la légitimité et de l'autorité nécessaires pour faire valoir ses opinions lors d'une prise de décision collective. Son origine est directement liée au fonctionnement des abbayes médiévales.

Le « chapitre » désignait la réunion quotidienne de la communauté religieuse dans la salle capitulaire afin d'administrer les biens du monastère. Lors de cette assemblée, seuls les moines pleinement ordonnés avaient la parole, les novices et les convers devant se cantonner à une stricte écoute.

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