Rachida Dati enrage contre un site qui recense ses "casseroles"

Publié par Matthieu Chauvin
le 04/03/2026
Rachida Dati
abacapress
© Abdullah Firas/ABACA
Le lancement du site WikiDati, qui recense les dossiers judiciaires de Rachida Dati à l'approche des élections municipales de Paris 2026, provoque la colère de l'ancienne ministre de la Culture, qui craint que sa campagne n'en soit impactée.

"Croquignolesque", comme dirait un certain président, l'anecdote nous est narrée par Le Nouvel Obs. Le lancement début mars du site WikiDati, qui recense les dossiers judiciaires de Rachida Dati en vue des élections  municipales, provoque la colère de l'ancienne ministre de la Culture. La maire du 7e arrondissement de Paris, candidate déclarée depuis le début de l'année 2024, fait face à une initiative numérique totalement inédite. Cette plateforme centralise désormais toutes les procédures légales et controverses la concernant. Une démarche inattendue qui soulève un affrontement direct entre liberté d'informer et protection de la vie privée à quelques jours du premier tour.

Une plateforme listant les affaires judiciaires

Le lancement du site WikiDati.fr est l'œuvre de Kevin Gernier, un ancien chargé de mission pour l'association anti-corruption Anticor. Ce portail interactif a été pensé comme un outil pratique et informatif pour guider les électeurs parisiens. Il recense de manière strictement chronologique 12 affaires impliquant Rachida Dati, qu'elles soient définitivement clôturées ou toujours en cours d'instruction par les magistrats.

Parmi ces dossiers sensibles, on retrouve la très médiatisée affaire Renault-Nissan. Dans ce volet, l'ex-ministre est mise en examen pour "corruption passive" et "trafic d'influence" depuis le mois de juillet 2021. Le site énumère également diverses suspicions liées à l'attribution de logements sociaux dans la capitale. Pour constituer cette base de données, le créateur s'appuie uniquement sur des enquêtes menées par la presse nationale, citant de nombreuses fois Le Monde, Mediapart ou encore Le Canard Enchaîné, ainsi que des documents publics en accès libre.

La méthode se veut rigoureuse. "L’objectif est de mettre à disposition des électeurs parisiens une information claire, sourcée et synthétique sur le parcours judiciaire de la candidate ", souligne Kevin Gernier, actuellement salarié de salarié de l’ONG Transparency international d'après Le Huffington Post. L'auteur assure s'abstenir de tout commentaire personnel.

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Une riposte juridique immédiate de la candidate

La réaction du camp de l'ancienne garde des Sceaux a été fulgurante. "Trois heures et demie" après l'ouverture du site, rapporte son créateur, il a reçu un courrier de l'hébergeur OVH concernant un "possible manquement à la loi" indique le Huff Post. Ce message aurait été automatiquement envoyé suite à un signalement... de "Jérôme Sterkers, ex-secrétaire général du groupe d’opposition Rachida Dati à la mairie et désormais directeur de sa campagne" précisent nos confrères. Son équipe de campagne, justement dénonce, avec fermeté une vaste manœuvre de déstabilisation.

Sur le plan purement légal, la défense de la candidate s'appuie sur une violation présumée de l'article 9-1 du Code civil. Maître Olivier Pardo, avocat de la ministre, fustige une atteinte sévère à la présomption d'innocence. Selon lui, "Ce site est une compilation malveillante qui ne vise qu'à nuire à une candidate en pleine campagne électorale ." Il dénonce un harcèlement politique assumé.

Cependant, faire fermer ce type de page web paralyse souvent les tribunaux. La justice française doit trouver le juste équilibre entre le droit fondamental du public à l'information et le strict respect de la présomption d'innocence. Les juges des référés se montrent historiquement prudents lorsqu'il s'agit de censurer des publications qui ne font que compiler des articles de presse déjà publiés et validés.

Les conséquences pour la campagne parisienne

Cette passe d'armes illustre parfaitement la place grandissante des affaires politico-financières dans l'arène électorale. Pour le fondateur de WikiDati, la démarche consiste avant tout à offrir la possibilité aux citoyens de voter en parfaite connaissance de cause. La transparence des responsables publics devient un argument de campagne incontournable face à des électeurs de plus en plus exigeants.

La stratégie très offensive de Rachida Dati comporte néanmoins un risque médiatique de taille : l'effet Streisand. En mobilisant ses avocats pour étouffer la diffusion de ces informations dérangeantes, la candidate pourrait paradoxalement offrir une publicité retentissante à la plateforme qu'elle combat. L'attention du grand public se focalise alors massivement sur les litiges.

Si la justice permet le maintien de ce site, il risque de s'imposer comme un levier redoutable pour ses concurrents directs. L'opposition pourrait très facilement s'en saisir pour nourrir les futurs débats télévisés et les réunions publiques jusqu'au premier tour des élections municipales.

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