TRIBUNE — Ce jeudi 5 décembre 2019, les organisations syndicales ont appelé à la grève contre la réforme des retraites. Une initiative qui manque de sens puisque le gouvernement n'a pas encore publié de texte, mais qui soulève tout de même la question du financement de notre système de solidarités inter-générations explique l'économiste Philippe Crevel. Il signe cette tribune pour Planet.
"Le navire se dirige vers un récif, mais il ne faudrait surtout pas changer de route !"AFP

Contre la grève et pour un régime universel, le chemin de la sagesse

Nul ne peut récuser le droit aux syndicats d’appeler à la grève à partir du 5 décembre au sujet du système des retraites qui constitue un des éléments constituant majeur du pacte social du pays. Néanmoins, cet appel à la grève intervient avant même la publication d’un texte de la part du gouvernement. Seules quelques préconisations servent de fondements justifiant par effet de précaution cet appel. Jamais, un mouvement social n’a fait l’objet d’une couverture médiatique en amont aussi importante. La compétition, la concurrence entre les chaines d’information est telle qu’elles ont une tendance naturelle à monter aux extrêmes tout évènement. A écouter, à regarder certains journaux, nous avons l’impression d’être au bord de la guerre sociale. Les partenaires sociaux qui s’étaient laissés déborder par la crise des gilets jaunes et qui depuis l’élection d’Emmanuel Macron étaient devenues des forces subalternes tentent près d’un quart de siècle après les fameuses grèves de 1995 de se replacer au centre du jeu. Au-delà des jeux syndicaux, la question centrale demeure le régime de retraite et son financement.

Depuis 1993, la France est engagée dans un processus de réforme de son système de retraite afin de l’adapter à un phénomène sans précédent dans l’histoire contemporaine, le vieillissement de la population. Du fait du baby-boom d’après-guerre et de l’allongement de l’espérance de vie après 60 ans, le nombre de retraités qui était de 5 millions en 1980 dépassait, en 2018, 16 millions. Chaque année, le nombre de retraités s’accroît de 200 000. Le ratio cotisants / retraités qui était de 4 pour un est désormais de 1,6 et devrait tendre vers 1,4 d’ici une vingtaine d’années. L’instauration d’un régime par points ne résout pas la question du financement des pensions qui restera entier mais constitue un indéniable progrès en termes de pilotage et de transparence.

Depuis 1673, année de la création du premier régime de retraite pour les marins, notre système de retraite s’est construit au fil de l’eau. Il est le miroir de notre histoire sociale. Avec 42 régimes de base, une centaine de régimes complémentaires, la complexité est à tous les coins de rue avec à la clef chez les assurés de la suspicion et des frustrations. La défiance transcende l’ensemble du pays tout comme la jalousie. Les régimes spéciaux génèrent de l’envie et de l’aigreur. A tort ou à raison, une proportion importante de Français estime que certaines catégories d’actifs seraient mieux traitées au niveau de la retraite que d’autres. La mise en place d’un socle commun de retraite sans éteindre le fiel en diminuerait l’âcreté.

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