Éviction et désarmement à Saint-Denis : l'exécutif recadre le nouveau maire LFI

Publié par Pierre-Antoine Martel
le 27/03/2026
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Face aux menaces d'éviction d'agents municipaux lancées par le nouveau maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, le gouvernement réplique fermement pour protéger le statut de la fonction publique.

La tension monte d'un cran en Seine-Saint-Denis après un changement de majorité explosif. À la suite de l'élection municipale, les déclarations de la nouvelle équipe dirigeante suscitent de vives inquiétudes au sein des effectifs territoriaux. 

L'intervention directe et rapide de l'exécutif souligne la gravité de cette passe d'armes totalement inédite entre une municipalité et l'État.

Une menace d'éviction ciblée contre les agents municipaux

La polémique a éclaté lors du conseil municipal d’installation le 21 mars 2026. Invité ensuite sur France 2 le 24 mars, le maire Bally Bagayoko a affirmé vouloir se « séparer » des agents qui tenteraient de « remettre un programme qui a été battu dans les urnes ». Cette déclaration marque une rupture nette avec la tradition de continuité du service public.

Ces propos visent en premier lieu les 140 agents de la police municipale dionysienne. Le nouvel édile souhaite entamer un « processus de désarmement », en supprimant immédiatement les lanceurs de balles de défense (LBD). Lors de son intervention télévisée, l'élu a justifié sa démarche en expliquant que « ça passe d'abord par la définition d'une doctrine », rapporte France 2.

La réaction des représentants syndicaux s'annonce vigoureuse. Les délégués du personnel redoutent un départ massif des fonctionnaires. D'après les syndicats de police cités par Le Parisien, près de 50% des agents envisageraient de quitter la commune pour échapper à cette pression hiérarchique grandissante.

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Le gouvernement recadre fermement l'élu dionysien

Face à cette offensive, la riposte de l'État s'organise au plus haut niveau. Par le biais d'un courrier rendu public le 26 mars 2026, les ministres David Amiel, délégué à la Fonction publique, et Laurent Nuñez, à l'Intérieur, ont fermement recadré l'élu.

Le fondement juridique de cette réplique ne laisse aucune place au doute. David Amiel rappelle qu’« aucune autorité municipale ne peut légalement laisser entendre que la situation d’agents communaux [...] pourrait dépendre de leur adhésion, réelle ou supposée, aux orientations politiques de l’exécutif municipal ». 

Le ministre précise également que « toute décision d'écarter un agent pour des motifs politiques serait entachée d'illégalité », souligne Le Parisien.

L'exécutif s'appuie sur l'obligation de neutralité dictée par le Code général de la fonction publique (CGFP). L'article L121-2 stipule que « l'agent public exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité ». 

La loi de 2016 confirme que l'adhésion partisane ne constitue jamais un motif valable de licenciement. Laurent Nuñez avertit ainsi que les mouvements de personnel consécutifs au scrutin « seront scrutés avec la plus grande attention par les préfets ».

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Insécurité locale et protection stricte des fonctionnaires

Ce bras de fer engendre d'importants risques pour la sécurité publique. Le désarmement progressif des patrouilles et le climat de défiance risquent de provoquer une véritable désertion des postes. Selon La Banque des Territoires, cette situation s'avère particulièrement inquiétante alors que la fusion récente entre Saint-Denis et Pierrefitte a créé une nouvelle agglomération de 150 000 habitants aux immenses défis sécuritaires.

Pour les agents territoriaux, cette crise met en lumière leurs protections statutaires. Un tribunal administratif annulerait sur-le-champ tout licenciement motivé par des raisons idéologiques, requalifiant l'acte en détournement de pouvoir. La menace de placer la municipalité sous tutelle administrative démontre la volonté gouvernementale de sanctuariser les services publics.

Les questions posées par cette crise politique

Cette affaire soulève plusieurs interrogations juridiques majeures. La légalité du licenciement d'un policier municipal refusant de rendre son arme reste fortement contestée par les experts administratifs. Les recours pour un agent s'estimant victime de harcèlement politique reposent sur la saisine rapide des tribunaux compétents.

Le principe de neutralité s'applique tout aussi rigoureusement aux nombreux contractuels de la mairie. Enfin, le gouvernement dispose du pouvoir de suspendre un maire si ce dernier persiste à enfreindre le statut protecteur de la fonction publique, rappelant ainsi la supériorité de la loi étatique sur les directives locales.

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