Ce maire RN fait polémique après la suppression de la cérémonie du 1er-Mai

Publié par Matthieu Chauvin
le 23/04/2026
Mine Liévin
Istock
Photo d'illustration
À peine installé, le nouveau maire RN de Liévin, Dany Paiva, déclenche une tempête politique en annulant la traditionnelle cérémonie du 1er-Mai dédiée aux mineurs, symboles de la région.
 

Cette décision marque une secousse dans le bassin minier du Pas-de-Calais, un territoire forgé par son passé industriel. L'annulation de ce rassemblement soulève une immense vague d'indignation parmi les riverains et les syndicats. Cette bataille mémorielle met en lumière les vives fractures politiques qui redessinent la région depuis les dernières élections.

Une rupture historique avec la tradition ouvrière de Liévin

Pour la première fois dans l'histoire de la commune, la mairie refuse de tenir la cérémonie officielle du 1er-Mai devant le monument dédié aux mineurs. Ce coup de théâtre résulte de la volonté de Dany Paiva, le nouvel édile du Rassemblement National. Son élection du 22 mars 2026 a provoqué un séisme politique, scellant la fin abrupte de décennies de gestion municipale assurée par la gauche. 

Pour justifier cette suppression, l'équipe municipale avance des arguments très stricts. D'après les informations diffusées par France Inter le 22 avril 2026, Dany Paiva affirme vouloir mettre un terme à la récupération militante : "L'événement est utilisé par les syndicats pour faire de la politique." La municipalité refuse ainsi d'apporter son soutien logistique à une manifestation jugée trop partisane. Toutefois, un dépôt de gerbe de fleurs est prévu sur le monument dédié pour assurer le strict minimum.

L'hommage aux mineurs demeure sacré dans le Pas-de-Calais

À Liévin, la date du 1er-Mai dépasse la classique Fête du Travail. Elle incarne une journée solennelle de recueillement pour le Peuple de la mine. Ce besoin de commémoration s'enracine dans la tragédie de la fosse Saint-Amé. Le 27 décembre 1974, la ville basculait dans l'horreur lorsqu'un coup de grisou engloutissait 42 mineurs. Selon les archives, cet événement constitue la plus meurtrière tragédie minière survenue en France en période d'après-guerre. 

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Dans cet écosystème meurtri, les syndicats occupent un rôle central. La CGT et les organisations ouvrières assurent depuis des décennies la transmission de cet héritage. Selon le quotidien Libération, ces groupes agissent comme les gardiens de la mémoire locale et les défenseurs des droits sociaux, rendant leur présence indissociable de la commémoration.

Bras de fer syndical et sentiment de dépossession

Refusant de se plier à cette décision unilatérale, la résistance s'organise sur le terrain. La CGT et les associations d'anciens travailleurs de la mine organisent une cérémonie alternative et citoyenne. Malgré l'absence de la municipalité, cet hommage indépendant se maintiendra sur le parvis de l'église Saint-Amé. Sur le plan social, cette rupture provoque un profond malaise. Les habitants, viscéralement attachés aux stèles où figurent les noms des victimes, expriment leur colère. D'après les témoignages recueillis par l'AFP, une partie de la population dénonce un négationnisme social imposé par la mairie. 

Ce changement de cap illustre la stratégie de dépolitisation des villes récemment conquises par le RN, qui affronte directement les corps intermédiaires. Selon les observateurs du Figaro, cette méthode rappelle les mesures imposées par Steeve Briois à Hénin-Beaumont, avec la suppression des subventions à la Ligue des Droits de l'Homme, visant à fragiliser le tissu associatif.

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