Narcotrafic : l'Algérie va construire la prison la plus dure du monde

Publié par Matthieu Chauvin
le 03/09/2026
Sahara
Istock
Face à la prolifération des stupéfiants, le président Abdelmadjid Tebboune a ordonné le transfert des barons de la drogue dans un pénitencier militaire isolé au Sahara et la fondation d'une agence antidrogue calquée sur la DEA l'agence américaine.

Le pouvoir algérien passe à l'offensive contre les réseaux criminels organisés. Réuni sous l'autorité du chef de l'État, le Haut Conseil de sécurité a validé un ensemble de dispositions pénales sévères pour contrer la prolifération des stupéfiants

Ce tournant sécuritaire consacre une rupture stratégique dans le traitement pénitentiaire des grands trafiquants. Face à ce projet, la prison géante polémique construite au Salvador par le président Nayib Bukele pour enfermer les membres de gangs fait office de colonie de vacances.

Une forteresse d'isolement total dans le désert du Tanezrouft

Le gouvernement transforme une base de l'Armée nationale populaire (ANP) en prison de haute sécurité. Situé dans l'immensité hostile du Tanezrouft, aux confins de la frontière malienne, ce site surnommé le "pays de la soif" accueillera exclusivement les chefs de réseaux criminels

Selon le communiqué de la Présidence de la République algérienne, les autorités entendent "transformer une caserne de l'Armée nationale populaire située dans le désert du Sahara, à Tanezrouft, en une prison de haute sécurité destinée aux barons de la drogue et aux trafiquants."

Cette relégation géographique extrême vise à neutraliser toute capacité de nuisance. Les autorités coupent ainsi les détenus de leurs relais logistiques et empêchent les tentatives de corruption dans les prisons du nord. 

Un pôle sécuritaire d'élite calqué sur le modèle américain

En parallèle de ce bagne saharien, la Présidence a acté la naissance d'un organisme d'investigation unifié. Les autorités s'inspirent directement de la célèbre agence fédérale américaine : "S'agissant de la lutte contre les drogues, il a été décidé de créer une instance sécuritaire spécialisée dans sa lutte, à l'instar de ce qui est en vigueur dans de nombreux pays, tels que les États-Unis d'Amérique", précise le communiqué officiel.

Cette structure centralise le renseignement opérationnel et la traque des flux financiers illicites. Elle orchestre une coordination étroite entre la Gendarmerie nationale, la Sûreté nationale et les forces militaires pour frapper la logistique des cartels.

L'explosion des flux illégaux et la pression aux frontières

Ce durcissement répond à une hausse spectaculaire de la toxicomanie dans le pays. D'après l'Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie (ONLCDT), l'Algérie compte près de 3 millions d'usagers de drogues, un phénomène attisé par le trafic massif de psychotropes et de cocaïne. Une opération majeure a permis la saisie record de 10 millions de capsules de prégabaline ainsi que de plus de 33 kg de cocaïne.

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L'armée fait face à un défi immense sur le terrain : protéger plus de 6 400 kilomètres de frontières terrestres bordant une bande sahélienne en proie à de vives tensions armées.

Un durcissement pénal maximal face aux alertes humanitaires

L'exécutif requalifie désormais le narcotrafic en menace directe pour la sécurité de l'État, justifiant des peines exemplaires. Cette sévérité accrue suscite néanmoins l'inquiétude de plusieurs observateurs et défenseurs des droits humains. Le mercure dépasse régulièrement 50 °C dans le Tanezrouft, posant d'immenses défis logistiques d'approvisionnement en eau et de salubrité, tandis que certains juristes redoutent une normalisation excessive des régimes d'exception.

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