Toulouse : sans bras, ni jambes, elle se gare sur une place handicapée et est verbalisée !

Publié par Matthieu Chauvin
le 27/05/2026
Place handicapés
Istock
Photo d'illustration
Victime d'une saisie bancaire de 375 euros pour un stationnement à Toulouse, Warda Carles, amputée des quatre membres, met en lumière les failles de la verbalisation automatisée.

Le dossier soulève de nombreuses interrogations sur la gestion des places réservées aux personnes à mobilité réduite. Entre la dématérialisation des contraventions et la rigidité des délais de recours, les personnes en situation de handicap se heurtent parfois à une administration implacable. La mésaventure vécue récemment par une habitante du Tarn illustre ces dysfonctionnements administratifs.

Le choc de la saisie bancaire pour un stationnement légitime

Le 26 mai 2026, Warda Carles découvre une saisie administrative à tiers détenteur sur son compte bancaire. Cette femme de 45 ans, résidente du Tarn et amputée des quatre membres, constate le prélèvement inopiné de 375 euros. L'affaire trouve son origine quelques mois plus tôt, rapporte Le Figaro. Le 25 novembre 2025, elle reçoit un procès-verbal pour stationnement très gênant dans le quartier Saint-Cyprien à Toulouse. Elle occupait pourtant une place réservée avec son véhicule adapté.

Selon La Dépêche, la conductrice n'a pas remarqué l'infraction immédiatement. "Je n'ai pas vu tout de suite le petit bout de papier accroché sur le pare-brise de ma voiture", témoigne la victime. Suite à une absence prolongée de son domicile, l'amende initiale de 135 euros subit une majoration. Ce montant, correspondant à une infraction de 4e classe selon le Code de la route, entraîne alors l'intervention automatique du Trésor public.

Le piège de la Carte Mobilité Inclusion et des radars automatisés

La situation de Warda Carles découle d'un imbroglio autour de la Carte Mobilité Inclusion (CMI). Si l'automobiliste possède bien une CMI avec la mention invalidité justifiant un taux d'incapacité supérieur à 80 %, le document présente une limite. Selon Service-Public.fr, l'autorisation de se garer sur les emplacements bleus exige impérativement la mention "stationnement". La simple carte d'invalidité offre des priorités pour les places assises, mais ne rend pas le stationnement gratuit.

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La verbalisation s'explique aussi par l'usage des véhicules à Lecture Automatique des Plaques d'Immatriculation (LAPI) à Toulouse. Ces voitures scanneuses sanctionnent les plaques non enregistrées dans la base de données municipale, même si le macaron trône derrière le pare-brise. Face à cette sanction, Warda Carles dénonce une approche déshumanisée. Ses démarches auprès de la gendarmerie d'Albi et de la police municipale se sont soldées par des renvois vers des formulaires numériques. "Ils m'ont fait tourner en bourrique !", s'indigne la Tarnaise, incapable d'effectuer les recours en ligne.

La mairie de Toulouse se défausse mais c'est la loi

Contactée par Le Figaro, la mairie de Toulouse a répondu : "Il n’appartient pas aux agents d’apprécier la nature ou le bien-fondé d’un handicap lors de la verbalisation." Comme le rapporte le quotidien, elle "renvoie vers le Conseil Départemental du Tarn et sa MDPH pour expliquer pourquoi cette usagère ne serait pas titulaire de la bonne carte."

De plus, la mairie conteste le récit de la plaignante. Selon Le Figaro, toujours, "Elle indique que le 13 avril, lorsque Madame Carles s’est présentée à l’hôtel de police municipale, les agents lui ont expliqué la différence entre le stationnement payant, qui relève de l’autorité du maire, et le stationnement gênant ou très gênant, qui relève de l’autorité du Procureur et, par délégation, de l’Officier du Ministère public. Les agents lui ont donné les informations nécessaires pour qu’elle puisse suivre sa démarche. Malgré la notice de l’avis de contravention et les explications ultérieures des agents, Madame Carles a choisi une autre voie pour faire valoir ses droits."

Une solution simple s'impose

Comme le problème vient des fameuses voitures LAPI, le cas de Warda n'est malheureusement pas nouveau. Le Figaro rappelle que les couacs ont débuté en 2021. "Cette année-là, apposer sa carte CMI sur le pare-brise ne suffisait plus : les conducteurs handicapés devaient en plus prendre un ticket 'handivirtuel' à l’horodateur ou sur une application mobile pour bénéficier de la gratuité. Une règle qui avait provoqué une avalanche de PV injustifiés et une vive colère."

Au mois de mai, un homme a ainsi lancé une pétition sur le site change.org. Il y déclare que "La CMI-S est un titre national rattaché à la personne, et non à un véhicule. Exiger qu’un usager s’adapte à différents systèmes de contrôles locaux est une entrave directe à la liberté d’aller et venir."  Il demande le "déploiement d’un badge RFID universel, sur le modèle des badges de télépéage autoroutier. Lors du passage du véhicule LAPI, le badge émettrait un signal confirmant la présence d’un ayant-droit, bloquant instantanément l’émission d’une amende à la source."

Warda, évidemment, va dans ce sens : "Ils n’essayent pas de se mettre à notre place. Ce n’est pas comme ça qu’on facilite la vie des personnes en situation de handicap" conclut-elle auprès de La Dépêche.

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