Jeffrey Epstein : la raison ignoble pour laquelle Paris était son refuge

Publié par Julien Pinardi
le 23/05/2026
Manifestante anti-Epstein
abacapress
© SPUS/ABACA
Sept ans après sa mort, une enquête inédite du magazine Society révèle comment Jeffrey Epstein a transformé son luxueux duplex du 22 avenue Foch à Paris en un véritable sanctuaire d'impunité pour son système de prédation.
 

Le milliardaire américain a longtemps profité de la culture française du secret pour étendre son réseau criminel en toute quiétude. Alors que de nouveaux témoignages émergent, les détails macabres de ses séjours réguliers dans la capitale refont surface. La justice et l'opinion publique mesurent l'ampleur des complicités locales ayant permis à ces crimes de perdurer.

Le 22 avenue Foch dévoile un labyrinthe de l'horreur

Le magazine Society publie une enquête longue de huit mois, menée par les journalistes Emmanuelle Andreani et Anthony Mansuy, qui qualifient ce lieu de véritable "labyrinthe de l'horreur." Leurs investigations exposent l'antre parisien du prédateur : un vaste duplex de 783 mètres carrés acquis en 2002 pour la somme de "seulement" 3,5 millions d'euros d'après les journalistes, avenue Foch dans le XVIe arrondissement. Il aurait même souhaité y finir ses jours, révèlent les deux auteurs.

Les rapports de perquisition réalisés en 2019 par l'Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP) dressent le portrait d'une mise en scène hypersexualisée et glaçante. Les enquêteurs ont découvert une salle de massage spécifiquement aménagée, entourée d'animaux empaillés, dont un éléphanteau. Les murs de cet appartement luxueux étaient tapissés de clichés montrant des femmes nues, systématiquement privées de visage. 

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L'employé de maison franco-brésilien de Jeffrey Epstein a livré un témoignage édifiant aux policiers. Ce majordome décrit le défilé incessant de "très nombreuses femmes" entre ces murs lors des visites du milliardaire, dont les séjours parisiens duraient généralement de 6 à 23 jours consécutifs selon les données du FBI. "Le schéma était souvent le même : recrutement de jeunes filles (souvent mineures), promesses de jobs d’assistantes, d’argent ou de carrières, emprise psychologique… Mais il n’agissait pas seul" écrit Closer.

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Le bouclier parisien de la vie privée et de la richesse

Le choix d'installer cette base en France relevait d'une stratégie mûrement réfléchie. Comme l'indique Society, Paris représentait une place forte stratégique, une ville où "depuis les années 80... il y a des agences de mannequins qui pullulent." Invité le 20 mais sur le plateau de "Quotidien", le duo de journalistes a pu défendre son enquête. 

Une chroniqueuse, citée par Closer, interprète certains éléments quelle contient : à l'époque "Jeffrey Epstein voyait Paris comme un refuge. Aux États-Unis, son nom était associé partout à un délinquant sexuel. Il comprend rapidement qu'en France, il peut encore circuler, dîner, fréquenter des gens puissants."

Elle pointe aussi, toujours d'après les investigations de Society, la mansuétude dont il bénéficiait dans la capitale : "Il y a d'ailleurs une phrase terrible dans votre enquête, vous dites qu'à Paris, Epstein trouvera toujours des personnes qui ne lui poseront pas de questions, prêtes à accepter son argent et ses réponses." Ces faits on été en effet confirmés par la publication des Epstein Files. Puis elle poursuit, d'une phrase tirée de l'enquête : "Jeffrey Epstein estime qu'en France, vie sexuelle égale vie privée, alors il se sent plus tranquille.”

Le bouclier parisien de la vie privée et de la richesse

Pour asseoir son influence et sa respectabilité, Jeffrey Epstein a méticuleusement infiltré les sphères économiques et politiques du pays. Le financier américain s'affichait publiquement dans des restaurants huppés, comme l'Ami Louis, et fréquentait assidûment les palaces des Champs-Élysées. Fort de sa fortune colossale, il bénéficiait de la complaisance des élites. Il estimait que, tant qu'il restait riche, "personne ne posait de questions" sur le sol français. 

Il utilisait le sacro-saint respect de la vie privée à la française comme un bouclier imperméable contre les autorités de son propre pays, particulièrement après sa condamnation judiciaire aux États-Unis en 2008. L'agent de mannequins Jean-Luc Brunel jouait un rôle pivot dans cette organisation. Il orchestrait le recrutement de jeunes filles vulnérables, rabattues directement au cœur de la capitale pour le compte du prédateur.

La justice face au défi de la vérité sur le système Epstein

Ces nouvelles révélations provoquent une onde de choc retentissante au sein des cercles de pouvoir. L'apparition de noms de personnalités françaises dans divers documents ravive les critiques sur la passivité des autorités de l'époque. L'adresse du XVIe arrondissement ne se résumait pas à un simple pied-à-terre. 

Selon le journal Libération, le 22 avenue Foch constituait "le centre névralgique d'un système de prédation" s'étendant à l'échelle internationale. Les victimes françaises prennent aujourd'hui la parole pour dénoncer cette machine broyeuse. L'une des témoins, désignée sous le prénom d'"Inès", dénonce publiquement une "dimension quasi industrielle de la prédation."

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