Affaire Dominique Pelicot : un corps de femme exhumé 35 ans après son meurtre
Le drame remonte au 4 décembre 1991. Ce jour-là, la professionnelle de 23 ans est découverte sans vie dans un appartement du XIXe arrondissement qu'elle faisait visiter à un prétendu client. Aujourd'hui, le spectre du principal condamné de l'affaire des viols de Mazan relance cette enquête touffue, désormais supervisée par le pôle des crimes sériels ou non élucidés (PCSNE) de Nanterre.
Une intervention de la dernière chance menée dans les Yvelines
Mardi 14 avril 2026, la dépouille de Sophie Narme a été sortie de terre dans un cimetière des Yvelines, rapporte l'AFP. Cette opération complexe fait suite à une procédure stricte ordonnée par la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Versailles en novembre 2025. Les magistrats d'appel ont ainsi infirmé le refus initial formulé par la juge d'instruction en avril de la même année.
La manœuvre poursuit un but purement scientifique. Sous l'autorité de la juge Sabine Kheris, les experts cherchent à réaliser de nouveaux prélèvements biologiques sur les restes osseux de la victime. Ils espèrent que les avancées technologiques récentes permettront d'extraire un profil génétique exploitable, malgré le délai de trente-cinq ans écoulé depuis l'inhumation.
Pourquoi les soupçons ciblent Dominique Pelicot
Le mode opératoire du crime intrigue les enquêteurs du pôle cold cases. Lors de la découverte du corps, les médecins légistes constatent que la victime a été droguée à l'éther, violée, violemment frappée au crâne puis étranglée avec sa propre ceinture. Les spécialistes relèvent des similitudes troublantes avec d'autres dossiers, précise le journal Sud Ouest. L'usage de l'éther pour neutraliser la cible constitue une signature criminelle marquante.
Cette technique spécifique a été observée lors de la tentative de viol d'Estella B. en 1999, une affaire où Dominique Pelicot a été identifié sans conteste par la génétique. Déjà mis en examen dans le meurtre de l'agente immobilière depuis octobre 2022, le suspect purge une lourde peine. La cour départementale du Vaucluse l'a condamné à 20 ans de réclusion criminelle fin 2024.
Un défi judiciaire majeur face aux disparitions de preuves
Cette exhumation tardive s'impose pour pallier de lourds dysfonctionnements matériels. Les scellés d'origine ont disparu au fil des décennies. D'après les informations de La Gazette France, les prélèvements de spermatozoïdes collectés en 1991 se sont évanouis lors d'un transfert de laboratoire. L'arme du crime demeure également introuvable. Fait inattendu, la défense appuie cette ultime expertise.
Maître Béatrice Zavarro, avocate du mis en cause, espère qu'une empreinte génétique inconnue écartera la culpabilité de son client, fut-elle celle d'un autre tueur comme le Grêlé, un temps suspecté. "Le but est de retrouver quelque chose qui puisse identifier l’auteur des faits, comme voir si une trace puisse appartenir à Dominique Pelicot ou pas", déclare-t-elle à l'AFP. Elle ajoute que "c’est une petite victoire judiciaire car il nie toute implication." Si les analyses désignent le septuagénaire, il affrontera de nouveau les jurés lors d'un procès d'assises, les actes de procédure successifs ayant empêché la prescription de ce meurtre violent.