Inondations dans la Manche : le démantèlement des barrages de la Sélune pointé du doigt
Achevé fin 2023, l'effacement des ouvrages de Vezins et de la Roche-qui-Boit devait restaurer la continuité écologique du fleuve normand. Trois ans plus tard, les riverains touchés font face à de lourds dégâts matériels et pointent du doigt une politique environnementale déconnectée des réalités hydrologiques. Le débat sur la gestion des cours d'eau s'embrase à nouveau.
Le réveil boueux du Sud-Manche sous les eaux
En février 2026, des inondations d'une ampleur inédite ont frappé les communes de Saint-Hilaire-du-Harcouët, Ducey-Les Chéris et Poilley. Les eaux boueuses de la Sélune ont envahi les habitations, les commerces ainsi que les zones industrielles. Les habitants du Sud-Manche affrontent avec sidération, pour la première fois depuis l'achèvement des travaux, une crue majeure sans la présence protectrice de leurs boucliers historiques.
Selon les constats établis sur le terrain par les services de secours, l'onde de crue s'abat désormais plus vite et avec plus de force sur la vallée. Sans les anciennes retenues d'eau monumentales pour temporiser le flux tumultueux, le lit du fleuve se comporte dorénavant comme un véritable "toboggan hydraulique", accusent les associations d'opposants au projet. La soudaineté du phénomène a surpris des riverains pourtant habitués aux caprices climatiques de la région.
Un projet écologique face à la réalité physique
Présenté par l'État comme le plus grand chantier européen de restauration de la continuité écologique, ce démantèlement a coûté 60 millions d'euros, rapporte Le Pèlerin. Les autorités publiques et les associations de protection de l'environnement visaient la reconquête de la "rivière libre", espérant le retour naturel de 5 000 saumons migrateurs et une amélioration de la qualité globale de l'eau.
La question de la régulation des débits pose désormais un grave problème. L'administration affirmait auparavant que les ouvrages ne jouaient qu'un rôle d'écrêteur modeste face aux intempéries. En détruisant le barrage de Vezins, mesurant 36 mètres de haut, et celui de la Roche-qui-Boit, de 16 mètres, la vallée a perdu une vaste zone de rétention s'étendant sur 200 hectares. Cette disparition représente plusieurs millions de mètres cubes d'eau qui filent directement vers l'aval, modifiant la topographie et la sécurité des lieux.
Les sinistrés préparent la bataille judiciaire
Les conséquences matérielles pèsent lourdement sur le quotidien des riverains, qui constatent d'importantes dépréciations sur leurs biens immobiliers. Ces propriétaires se heurtent à la complexité des dossiers de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle. Ils redoutent une explosion de leurs primes d'assurance dans ces secteurs devenus vulnérables. À ce bilan s'ajoute un fiasco économique pour l'ensemble du territoire, qui a perdu la production d'énergie hydroélectrique et l'attractivité des activités touristiques liées aux anciens lacs, comme la pêche ou les loisirs nautiques.
Face à la multiplication de ces dégâts, l'association Hydrauxois sonne la mobilisation générale. Ses représentants encouragent les habitants sinistrés à déposer plainte contre l'État pour dommages et mise en danger de la vie d'autrui. L'organisation maintient sa position : « supprimer les obstacles, c'est accélérer l'onde de crue, augmenter les risques, aggraver les conséquences ». Une situation d'autant plus prévisible que l'enquête publique de la Manche, menée en 2014, recensait déjà 1 499 avis défavorables, soit près de 70% des opposants alertant sur ce risque de submersion.
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