Canicule : un explorateur révèle l'erreur que l'on fait tous quand il fait trop chaud

Publié par Stéphane Leduc
le 28/05/2026
Rémi Camus dans le désert
Autre
Photo Rémi Camus
Il a traversé l'Australie en courant sous 50°C et survécu à quatre jours sans une goutte d'eau dans le désert. Aujourd'hui, alors que la canicule frappe la France, l'explorateur Rémi Camus livre les enseignements qu'il a tirés de cette expérience extrême. Son premier conseil va surprendre : quand il fait très chaud, surtout, ne vous déshabillez pas. Voici pourquoi, et les autres réflexes à connaître pour traverser l'été sans danger.

Il a traversé l'Australie en courant sous 50°C et survécu à quatre jours sans une goutte d'eau dans le désert. Aujourd'hui, alors que la canicule frappe la France, l'explorateur Rémi Camus livre les enseignements qu'il a tirés de cette expérience extrême. Son premier conseil va surprendre : quand il fait très chaud, surtout, ne vous déshabillez pas. Voici pourquoi, et les autres réflexes à connaître pour traverser l'été sans danger.

Découvrez l'interview complète de Rémi Camus en vidéo, puis retrouvez ci-dessous les enseignements essentiels à retenir. 

En 2011, Rémi Camus avait 25 ans et un métier dans la restauration. Cette année-là, il décide de tout quitter pour traverser l'Australie en courant. Cinq mille quatre cents kilomètres, cent jours, sous des températures atteignant 50°C, dans la période la plus chaude de l'année. Au cours de cette expédition fondatrice, il vit le pire : quatre jours sans une goutte d'eau dans le désert. À court de toute solution, il finit par boire sa propre urine pour survivre. « Ce n'est pas la chose la plus intéressante en termes d'hydratation, prévient-il aujourd'hui. C'est chargé d'urée, c'est un déchet que l'organisme rejette. Mais ma vie en dépendait. »

Quatorze ans plus tard, Rémi Camus est devenu l'un des explorateurs français les plus reconnus. Membre de la Société des explorateurs français, il a descendu le Mékong en hydrospeed, traversé la France à la nage de Dunkerque à Monaco, et plus récemment descendu le Rhône en packraft pour mesurer la pollution de l'eau. De ses années en milieu extrême, il a tiré une connaissance fine du corps humain face à la chaleur, qu'il transmet désormais dans des stages de survie.

À l'occasion de la vague de chaleur qui s'abat sur la France, il partage les enseignements qui peuvent réellement faire la différence.

L'erreur que presque tout le monde fait : se déshabiller

C'est le premier réflexe quand la température monte : enlever un vêtement. Erreur, prévient l'explorateur. « Quand il fait chaud, les gens se déshabillent, ils enlèvent un t-shirt. Et je leur dis non, justement, il ne faut pas se déshabiller, il faut se couvrir correctement avec des vêtements plus amples. »

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Pourquoi ce conseil contre-intuitif ? Parce que des vêtements amples maintiennent une humidité autour du corps qui favorise la régulation thermique. C'est le principe que les peuples du Maghreb appliquent depuis des siècles avec leurs turbans et leurs tuniques longues. Rémi Camus va même plus loin : « On peut prendre un turban, le tremper dans de l'eau bien fraîche, l'enrouler autour de la tête, et se déplacer à l'extérieur. Le vent qui s'engouffre crée une climatisation naturelle. »

Les 4 principes qui régissent le corps face à la chaleur

Maintenir notre corps à 37°C est un défi permanent, et notre organisme dispose de quatre mécanismes de régulation thermique. Les comprendre, c'est savoir s'en servir.

La radiation, d'abord : le soleil chauffe par rayonnement, comme un feu. En période de canicule, l'enjeu est de s'en protéger. C'est tout l'intérêt de fermer les volets aux heures les plus chaudes.

L'évaporation ensuite, principalement par la transpiration. C'est la raison pour laquelle il faut absolument s'hydrater : sans eau, plus de sueur, plus de refroidissement.

La conduction concerne le contact direct. Rémi Camus se souvient s'allonger enfant sur le carrelage de sa maison quand il faisait trop chaud, pour profiter de la fraîcheur des carreaux. Un geste simple et toujours efficace.

La convection enfin, c'est l'effet du vent. Un ventilateur, un courant d'air, ou même la simple marche déplacent l'air autour de la peau et accentuent la sensation de fraîcheur.

Où le corps perd vraiment la chaleur

Tous nos membres ne sont pas égaux face à la régulation thermique. « On gagne ou on perd 10 % de chaleur par les jambes, à peu près la même chose par les bras. Et on gagne ou on perd 20 % au niveau du ventre, 20 % au niveau du buste et 20 % au niveau de la tête. » Conclusion : pour rafraîchir le corps, le plus efficace est de cibler la tête, le torse et le ventre. Un linge humide sur la nuque ou les poignets aura plus d'effet qu'un pédiluve, même si toutes les méthodes ont leur utilité.

Les signaux d'alerte que personne ne remarque

Avant le coup de chaud déclaré, le corps envoie des signaux que la plupart des gens négligent. D'abord, la bouche pâteuse : on commence à avaler sa salive, on ressent un manque d'humidité. À ce stade, vous êtes déjà déshydraté. Puis les premiers maux de tête. Si rien n'est fait, le rythme cardiaque s'accélère. « Votre organisme est composé à 70 % d'eau et la plupart de cette eau est dans le sang. Quand on est déshydraté, le sang devient visqueux, épais, compliqué à circuler. Le cœur bat plus fort pour compenser. »

Dans les cas les plus avancés, viennent les douleurs articulaires, puis la vision se rétrécit. « C'est ce que j'ai eu en Australie. Mon champ de vision périphérique avait disparu, j'avais juste un halo devant moi. C'est là où je me suis dit : ça va un peu trop loin. »

Comment s'hydrater vraiment

La plupart des gens attendent d'avoir soif pour boire. Trop tard, alerte l'aventurier. « Quand on a soif, c'est déjà une erreur, on est déjà déshydraté. » Pire, le réflexe d'ouvrir le frigo et de boire de grandes gorgées d'eau froide est contre-productif. L'organisme a besoin de temps pour réintégrer l'eau.

La méthode que Rémi Camus a utilisée dans le désert, et qu'il recommande en cas de coup de chaud sévère : boire de toutes petites quantités, à intervalles très courts. Lui se servait d'un bouchon de bouteille, une gorgée par minute. À domicile, retenez le principe : mieux vaut boire un peu très souvent qu'une grande quantité d'un coup.

Transformer son appartement en climatisation naturelle

L'explorateur applique chez lui les principes appris en expédition. Volets fermés dès que la température monte, pour bloquer la radiation. Courants d'air ouverts entre certaines pièces, pour activer la convection. Et surtout, une astuce méconnue : étendre le linge mouillé à l'intérieur du logement. « L'humidité des vêtements qui sortent de la machine recrée cette humidité dans l'appartement. On arrive à faire baisser la température. Chez nous, on est à 23°C alors qu'il n'y a pas de climatisation. »

L'idée, explique-t-il, est de reproduire ce que fait une climatisation : du vent relatif et un taux d'humidité. Certains vont jusqu'à pulvériser de l'eau dans l'air avec un brumisateur. Ça fonctionne.

Le conseil à retenir pour cet été

Si une personne ne doit retenir qu'une chose de tout cela, c'est ceci : comprendre que le corps humain n'est pas une victime passive de la chaleur, mais un système qui interagit en permanence avec son environnement. Ce n'est pas en luttant frontalement contre la canicule qu'on la traverse le mieux, mais en accompagnant les mécanismes naturels du corps. Se couvrir plutôt que se dévêtir, boire avant d'avoir soif, créer de l'humidité plutôt que chercher le froid sec. Des gestes simples, mais qui peuvent faire la différence entre un été pénible et un été en sécurité.

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