Afghanistan : cinq ans après, les talibans ont effacé les femmes

Publié par Pierre-Antoine Martel
le 15/08/2026
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À Kaboul, les Afghanes subissent depuis août 2021 des restrictions croissantes sur l’éducation, le travail et leur présence dans l’espace public.
Ce samedi 15 août 2026 marque le cinquième anniversaire de la chute de Kaboul, un tournant tragique ayant plongé l'Afghanistan dans une profonde crise des libertés fondamentales.

Depuis leur retour au pouvoir le 15 août 2021, les talibans ont multiplié les restrictions visant les femmes, les journalistes et les opposants. Cinq ans plus tard, près de la moitié de la population dépend de l’aide humanitaire.

Depuis la reprise de Kaboul par les talibans en 2021, la communauté internationale observe la dégradation continue de la situation. Entre répression politique, effacement des femmes et crise économique, la population civile paie le prix d’un régime toujours très isolé sur le plan diplomatique.

Cinq années de recul des libertés fondamentales

Le 15 août 2026 marque les cinq ans du retour au pouvoir des talibans, après la chute de Kaboul et le retrait des forces américaines et de l’OTAN.

Dans un communiqué publié le 3 août 2026, Human Rights Watch dresse un bilan particulièrement sombre. L’organisation dénonce l’intensification des restrictions imposées aux femmes, la répression des journalistes et l’absence de mécanismes efficaces permettant de sanctionner les responsables de violations des droits humains.

« Le cinquième anniversaire de la prise de pouvoir des talibans est un sombre rappel des conséquences dévastatrices de l’impunité », alerte Fereshta Abbasi, chercheuse spécialiste de l’Afghanistan pour Human Rights Watch.

Les talibans mettent, de leur côté, en avant une amélioration de la sécurité et la fin de plusieurs décennies de conflit. Les Nations unies reconnaissent une diminution des combats, mais décrivent parallèlement une profonde crise des droits humains.

Les femmes progressivement effacées de la société

Les femmes et les filles restent les principales cibles de la politique du régime. L’Afghanistan demeure le seul pays au monde où les filles ne peuvent pas poursuivre leur scolarité au-delà de la sixième année, soit approximativement après l’âge de 12 ans.

L’accès des femmes à l’université est également interdit. Leur présence dans de nombreux secteurs professionnels et espaces publics a été fortement restreinte. Les autorités ont par ailleurs interdit que leurs voix soient entendues lorsqu’elles chantent ou récitent le Coran en public.

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Cette politique affecte aussi les Afghanes vivant à l’étranger. Fereshta Abbasi rapporte qu’un média local a refusé de diffuser sa voix et demandé qu’un collègue masculin réponde à sa place.

La chercheuse appelle les gouvernements étrangers à agir afin que les crimes graves commis en Afghanistan puissent être jugés, notamment le crime contre l’humanité de persécution fondée sur le genre.

La Cour pénale internationale a d’ailleurs délivré en 2025 des mandats d’arrêt contre le chef suprême des talibans, Hibatullah Akhundzada, et le président de la Cour suprême, Abdul Hakim Haqqani. Ils sont recherchés pour leur responsabilité présumée dans la persécution des femmes et des filles.

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Journalistes et militants confrontés aux arrestations

La répression dépasse la question des droits des femmes. D’anciens membres des forces de sécurité, des journalistes, des artistes et des défenseurs des droits humains font l’objet d’arrestations arbitraires, de mauvais traitements ou de disparitions forcées.

Le 18 juillet 2026, six hommes travaillant pour la Women and Children Legal Research Foundation ont été arrêtés après avoir été convoqués dans les locaux de l’organisation. Selon Human Rights Watch, leurs familles n’ont reçu aucune information sur leur lieu de détention, leur état de santé ou les accusations susceptibles d’être retenues contre eux.

L’ONG demande leur libération immédiate, sauf si les autorités sont capables de leur reprocher une infraction reconnue et de leur garantir l’accès à un avocat.

Un nouveau texte pénal dénoncé par les ONG

Le système judiciaire s’est encore durci avec l’adoption, en janvier 2026, d’un nouveau code de procédure pénale destiné aux tribunaux talibans.

Composé de 119 articles, ce texte prévoit des châtiments corporels pour de nombreuses infractions. Il autorise également le chef de famille à infliger certaines sanctions au sein du foyer et établit des traitements différents selon le sexe ou le statut social des personnes concernées.

Le texte repose exclusivement sur l’interprétation talibane de la jurisprudence hanafite. Des organisations de défense des droits humains alertent sur les discriminations qui peuvent en résulter pour les minorités religieuses, notamment les musulmans chiites hazaras.

Amnesty International a demandé son retrait immédiat, estimant qu’il ne garantit ni l’égalité devant la loi, ni la présomption d’innocence, ni la protection contre les traitements cruels.

Près d’un Afghan sur deux dépend de l’aide humanitaire

La crise politique se double d’une urgence économique et alimentaire. Selon les Nations unies, 21,9 millions de personnes, soit environ 45 % de la population afghane, nécessitent une aide humanitaire en 2026.

Les expulsions massives d’Afghans par le Pakistan et l’Iran aggravent encore la pression sur les logements, les services de santé et les ressources alimentaires. Plus de trois millions de personnes sont revenues dans le pays depuis septembre 2023.

L’interdiction faite aux femmes de travailler dans de nombreux domaines prive également des familles entières d’un revenu. Elle complique le fonctionnement des organisations humanitaires, qui ne peuvent parfois plus atteindre les femmes ayant besoin d’une assistance médicale ou alimentaire.

Et vous, pensez-vous que la communauté internationale en fait suffisamment pour protéger la population afghane, notamment les femmes et les filles ? Donnez-nous votre avis dans les commentaires.

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