L’eurodéputé RN Fabrice Leggeri visé par une enquête pour complicité de crimes contre l’humanité
La cour d'appel de Paris a rendu une décision retentissante le 18 mars 2026, marquant un tournant judiciaire majeur pour l'ancien directeur de l'agence européenne de garde-frontières. Cette information judiciaire vise à faire la lumière sur la gestion des flux migratoires en Méditerranée entre 2015 et 2022. L'élu se retrouve ainsi au cœur d'une procédure qui interroge directement les méthodes de contrôle aux frontières de l'Europe.
Une procédure judiciaire historique contre l'élu du RN
Suivant une décision de la justice parisienne, un juge d'instruction doit examiner les responsabilités pénales de Fabrice Leggeri. La procédure fait suite à une plainte avec constitution de partie civile déposée en avril 2024 par la Ligue des droits de l’homme (LDH) et l’association Utopia 56. Ces organisations dénoncent une complicité de crimes contre l'humanité et de torture.
Selon Emmanuel Daoud, avocat de la LDH cité par Le Monde, c'est une avancée inédite : "Pour la première fois, un ou des juges d’instruction français vont examiner les conditions de la responsabilité pénale éventuelle de Fabrice Leggeri dans l’hécatombe qui a abouti à des milliers de morts en Méditerranée, enfants et femmes notamment". Il s'agit d'une première pour un ancien haut dirigeant de Frontex devant la justice française. De son côté, l'entourage de l'eurodéputé a indiqué à l'AFP que ce dernier "n’était pas informé de ces développements et n’a donc pas de commentaire à faire à ce stade".
Les accusations de refoulements et le rapport accablant de l'OLAF
L'enquête se concentre sur la période allant de 2015 à 2022, pendant laquelle l'élu dirigeait l'agence Frontex. La justice le soupçonne d'avoir encouragé ou toléré des refoulements illégaux, dits "pushbacks", d'embarcations de migrants vers la Libye et la Grèce. Le dossier s'appuie lourdement sur les conclusions de l’Office européen de lutte antifraude (OLAF).
En 2022, cet organisme soulignait que la direction de l'agence européenne connaissait les violations des droits fondamentaux mais n'intervenait pas. Les ONG pointent également du doigt une politique de détection aérienne qui déléguait les interceptions aux gardes-côtes libyens. Cette stratégie conduisait au renvoi des exilés dans des centres de détention où le Haut-Commissariat aux droits de l'homme dénonce des "violations graves", assimilables à une complicité de torture.
Des répercussions politiques et humanitaires majeures
Numéro 3 sur la liste de Jordan Bardella lors des élections européennes de 2024, Fabrice Leggeri représente la ligne dure du Rassemblement national sur le sujet migratoire. L'ouverture de cette enquête fragilise l'image de respectabilité revendiquée par le parti.
Sur le plan judiciaire, la saisine d'un juge d'instruction autorise de futures auditions et une potentielle mise en examen. La justice devra établir si les choix politiques de l'époque constituent une responsabilité pénale individuelle. Le contexte humanitaire rend l'affaire d'autant plus lourde.
L'Organisation internationale pour les migrations (OIM), citée par le Huffington Post, rappelle qu'"au moins 82 000 réfugiés sont morts ou portés disparus depuis 2014, principalement en Méditerranée (34 000)". Ce dossier judiciaire remet ainsi en cause la conformité des méthodes de surveillance européennes avec le droit international.
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