Présidentielle 2027 : justice, immigration et RSA, le programme radical de Retailleau

Publié par Pierre-Antoine Martel
le 16/02/2026
RETAILLEAU BRUNO
abacapress
Fort de son expérience au ministère de l'Intérieur, Bruno Retailleau officialise sa candidature à l'élection présidentielle de 2027 avec un projet de rupture radicale pour « renverser la table ».

« Je ne veux pas être président de la République par obsession du pouvoir mais par sens du devoir. » C'est par cette déclaration solennelle, prononcée en février 2026, que Bruno Retailleau a justifié son entrée dans la course à l'Élysée. Décrivant une France « qui s'enfonce (et) qui s'efface », le candidat LR propose d'emprunter un « nouveau chemin ». Son ambition affichée est de « renverser la table » en s'appuyant sur trois piliers : l'autorité régalienne, une souveraineté retrouvée et la libération économique.

Une révolution pénale pour rétablir l'ordre

Le candidat promet une « véritable révolution de notre justice pénale » qu'il compte soumettre directement au vote des Français. Dans son viseur se trouve le juge de l'application des peines (JAP), qu'il qualifie d'« aberration » responsable du « laxisme judiciaire », citant notamment les permissions de sortie accordées à des détenus dangereux. La suppression ou l'encadrement drastique de cette fonction est au cœur de son dispositif.

Bruno Retailleau entend également rétablir les courtes peines de prison, revenant sur la loi Belloubet de 2019. Pour lui, il « faut tout de suite un interdit, une sanction certaine, qui puisse briser les parcours délinquants », confiait-il au Parisien. Sur le terrain, cet arsenal se traduirait par un « état d'urgence sécuritaire » dans les zones difficiles, comme il l'a évoqué à Nîmes, avec pour mot d'ordre d'« imposer partout l'autorité de la République à nos frontières, dans nos rues ».

Le référendum comme arme contre le choc migratoire

L'immigration constitue le second axe majeur de sa stratégie. Considérant que ce phénomène a bouleversé la société depuis cinquante ans « sans que jamais les Français n'aient eu à se prononcer », il souhaite soumettre par référendum des lois pour « réduire drastiquement l'immigration ». Il partage le sentiment de nombreux électeurs en affirmant que « l'immigration n'est pas une chance ».

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Pour rendre ces mesures possibles, Bruno Retailleau prévoit de « changer la Constitution pour redonner la parole au peuple » en étendant le champ de l'article 11. Son objectif est de « redonner la primauté à notre droit national » sur le droit européen, afin de contrer ce qu'il nomme les « dérives de l'État de droit qui s'est retourné contre le droit des Français à vivre en paix et en sécurité ».

Travailler plus pour sauver la prospérité

Sur le plan économique, le Vendéen appelle à une « rupture avec le modèle social-étatiste ». Il martèle que le pouvoir d'achat ne peut venir que de la création de richesses : « J'assume de donner la priorité au travail plutôt qu'à l'assistanat. » Son programme prévoit le plafonnement des allocations sociales à 70% du SMIC et l'obligation de 15 heures d'activité pour le RSA.

Il propose aussi un « seuil zéro charge » pour les heures travaillées au-delà de 1 623 heures annuelles. Concernant les retraites, il dénonce toute pause dans les réformes comme une « capitulation » et insiste au Sénat : « Il faut travailler plus en France... Sur une vie, il nous manque trois années de travail ! » Pour financer ce modèle, il compte sur le non-remplacement des fonctionnaires de l'« administration administrante ».

Des défis politiques et constitutionnels immenses

Cette stratégie soulève plusieurs interrogations majeures. La faisabilité constitutionnelle de ses réformes, notamment sur la primauté du droit national, reste incertaine sans une majorité écrasante, comme l'a prouvé l'échec de sa tentative législative en 2023. De plus, sa capacité à unifier les différents courants des Républicains face à des rivaux potentiels demeure un défi de taille.

Le parcours de Bruno Retailleau offre un contraste saisissant entre son ancrage de sénateur de Vendée, sa « petite patrie charnelle », et son expérience au ministère de l'Intérieur qui lui a révélé les « verrous à faire sauter ». Il pointe souvent du doigt l'exception française du JAP, affirmant que seule l'Italie possède un équivalent, une manière pour lui d'illustrer l'urgence de briser l'« impossibilisme » français.

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