Le début du mois a vu les principales places boursières mondiales plonger dans le rouge. Selon certains économistes, cela augurerait d’une crise économique d’une intensité supérieure à celle des subprimes.

En décembre 2015, le célèbre économiste Jacques Attali avait fait cette "prédiction" pour l’année à venir : "Une crise financière majeure devrait éclater à l’échelle mondiale, comparable à celle de 2008 non plus cette fois à partir des crédits spéculatifs accordés aux ménages, mais à cause de ceux qui concernent les entreprises." De même, en voyant la nouvelle année arriver, placée sous les signes chinois du singe et du feu (un cocktail explosif), les maîtres feng shui ont eux aussi annoncé des mois difficiles, imprévisibles, voyant les bourses chuter. Pour l’instant, les premiers jours de 2016 semblent leur donner raison.

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Il y a un peu plus d’une semaine, le mardi 9 février, la bourse de Tokyo plongeait à -5,4 %, même débâcle pour les places européennes avec une mention spéciale pour le CAC 40 passé sous la barre symbolique des 4 000 points, une première depuis août 2013.

La baisse du prix du pétrole "commence à faire peur"

Depuis le début du mois de février, l’indice boursier français est en perpétuelle chute, passant des 4 400 au 3 900 points en l’espace d’une dizaine de jours avant de reprendre un peu du poil de la bête depuis le 11 février. Pourquoi une telle dépression ? "Ce qui se passe sur le CAC 40 depuis le début 2016 est exactement ce qui se passe sur l'ensemble des indices boursiers mondiaux. C'est toujours la même crainte : le ralentissement de la croissance chinoise et surtout la baisse du prix du pétrole. Même si elle avantage certains secteurs, elle commence à faire peur", explique ainsi à France 2 l'experte financière Nathalie Martin-Pelras.

"Le stress sur le secteur bancaire prend de plus en plus d’ampleur et le risque de propagation est bien présent. En zone euro notamment", a estimé à l’AFP, John Plassard du groupe bancaire Mirabaud Securities, cité par Le Huffington Post.

En tout état de cause, les investisseurs internationaux semblent suivre l’appel de la Royal Bank of Scotland qui a conseillé à ses clients de "vendre tout", redoutant une "année cataclysmique" après avoir observé que les marchés financiers montraient des signes semblables à ceux observés avant l’effondrement de la banque Lehman Brothers (aujourd’hui disparue), étincelle qui provoqua la crise bancaire de 2008.

"La crise actuelle est différente de celle de 2008 pour trois raisons essentielles…"

"Les années de « vaches grasses » sont bel et bien terminées sur les marchés boursiers internationaux", confirme à Planet.fr Marc Touati, le médiatique président du cabinet de conseil économique ACDEFI.

Mais parler du retour de la crise de 2008 est un peu excessif pour l’observateur des places boursières. "Le passé ne se répète jamais vraiment. La crise actuelle est différente de celle de 2008 pour trois raisons essentielles. L’une positive, les deux autres beaucoup moins."

Et celui-ci de détailler : "La première réside dans le fait que les banques et les investisseurs ont pris beaucoup moins de risques que dans les années qui ont précédé le krach de 2008. Ils sont donc a priori mieux protégés."

"En revanche, celles-ci n’ont aujourd’hui plus aucune cartouche pour tenter de relancer la machine en cas de nouvelle crise. Et pour cause : les taux monétaires sont déjà à zéro, la « planche à billets » a déjà été utilisée, avec le peu de résultats que l’on sait, notamment dans la zone euro, et les dettes publiques sont stratosphériques", analyse-t-il.

"La troisième différence avec 2008 est encore plus dangereuse dans la mesure où elle réside dans les niveaux anormalement bas des taux d’intérêt des obligations d’Etat. Or, les taux d’intérêt des obligations souveraines pourraient bien subir une forte hausse, engendrant mécaniquement des moins-values sur les portefeuilles obligataires. Après avoir dû constituer des provisions pour créances douteuses du secteur privé, les banques italiennes, françaises, européennes, et mondiales pourraient donc bien devoir rééditer l’opération, mais, cette fois-ci, pour des créances accordées au secteur public, qu’il s’agisse des obligations d’Etat ou des crédits accordés aux collectivités locales. D’où potentiellement une nouvelle crise bancaire", indique-t-il.

Michel Sapin en plein "déni de réalité", note Marc Touati

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Alors quand il a entendu les dernières déclarations de Michel Sapin, ministre des Finances, dire mardi sur BFMtv que la France était "à l’abri d’un krach", le sang de Marc Touati n’a fait qu’un tour. "Il s’agit là d’un nouveau déni de réalité de M. Sapin, qui, après nous avoir promis à de très nombreuses reprises que la croissance forte était de retour, que le chômage allait rapidement et fortement baisser, refuse encore de voir la réalité en face", raille le président d’ACDEFI. "Comme nous l’annonçons depuis presqu’un an, les marchés boursiers sont bien entrés dans une phase de fortes turbulences. Et ce n’est que le début", promet l’observateur des marchés boursiers.

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