Voiture autonome : la France entrouvre la porte aux tests Tesla
Deux approches radicalement opposées de la technologie automobile s'affrontent désormais de part et d'autre de l'Atlantique. Tandis que l'Amérique accélère sur les flottes de taxis 100 % autonomes, l'Hexagone avance pas à pas pour encadrer les aides à la conduite.
Le feu vert accordé aux essais en France
Le ministère des Transports a autorisé la mise à disposition de deux Tesla équipées du système FSD (Full Self-Driving) pour mener des tests officiels sur le réseau routier tricolore. Cette décision débloque une situation figée depuis le refus initial essuyé par l'américain en juillet dernier auprès des autorités françaises.
Sur les réseaux sociaux, le ministre des Transports Philippe Tabarot a confirmé ce rapprochement : « Échange constructif ce soir avec @elonmusk autour du dispositif Full Self-Driving (FSD) de Tesla. Depuis plusieurs mois, les autorités françaises travaillent étroitement avec @Tesla sur les adaptations techniques qui permettront à la France de soutenir son homologation ». Les récents essais techniques ont notamment démontré la capacité du logiciel à franchir des carrefours complexes, à l'image du giratoire de la place de l'Étoile à Paris sans reprise en main.
L'offensive commerciale américaine
Outre-Atlantique, le constructeur passe à la vitesse supérieure. À Austin, au Texas, la firme déploie son service Cybercab, un modèle biplace dépourvu d'origine de volant et de pédales. Selon Ashok Elluswamy, vice-président de l'intelligence artificielle chez Tesla, la flotte autonome sans supervision a franchi le cap de 1 million de miles parcourus.
Le Texas Department of Motor Vehicles dénombre déjà 45 véhicules Cybercab autorisés sur un total de 420 véhicules autonomes enregistrés dans l'État. Dans cette course urbaine, la marque affronte directement Waymo (Alphabet) et Zoox (Amazon), déjà bien implantés dans plusieurs métropoles du pays.
Le cadre juridique européen : le verrou de la supervision humaine obligatoire
Sur le Vieux Continent, la législation impose une frontière stricte entre les aides de niveau 2 et la conduite totalement autonome. Avec le FSD supervisé, l'automobiliste conserve l'entière responsabilité civile et pénale de la trajectoire. Il ne peut en aucun cas quitter la route des yeux.
Cette exigence s'inscrit dans le règlement international UN R171 de l'ONU, qui régit les systèmes d'assistance DCAS (Driver Control Assistance Systems). Ce texte impose des caméras intérieures actives pour vérifier l'attention directe du conducteur. Selon les projections du ministère des Transports, un cadre harmonisé pour les véhicules sans chauffeur n'interviendra pas avant l'horizon 2027 en Europe.
L'approche américaine : priorité à l'accumulation de données sur le terrain
Les autorités texanes ont fait le choix de zones géolocalisées (geofencing) aux règles très souples. Cette méthode permet aux géants de la tech d'accumuler des millions de kilomètres d'apprentissage en conditions réelles et de perfectionner leurs algorithmes en temps réel.
Ce pragmatisme suscite toutefois des inquiétudes sanitaires et sécuritaires. L'agence fédérale de sécurité routière, la NHTSA, multiplie les enquêtes après plusieurs signalements de freinages fantômes ou de refus de priorité. Face à cette déferlante venue d'Amérique et de Chine, l'industrie européenne joue une partie serrée pour ne pas accumuler un retard technique irréversible.
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