Travail et maternité : une élue veut rémunérer les "pauses d'allaitement" en entreprise
La question du retour à l'emploi après une naissance revient au cœur du débat public. Face aux freins logistiques et financiers rencontrés par les mères allaitantes en entreprise, la cheffe de file écologiste entend faire évoluer une législation inchangée depuis des décennies.
L'offensive politique de Marine Tondelier pour refondre le droit de l'allaitement au travail
Candidate des Écologistes à l'élection présidentielle et jeune mère d'un enfant né le 18 septembre 2026, Marine Tondelier a rendu publiques ses propositions sur les réseaux sociaux fin septembre et ce 1er octobre 2026. L'élue s'appuie directement sur son vécu pour pointer du doigt les incohérences vécues par les femmes au moment de reprendre leur activité professionnelle.
Son projet s'articule autour de quatre mesures phares : rendre obligatoire la rémunération de la pause d'allaitement, instaurer un congé spécifique pris en charge par l'Assurance maladie, généraliser des espaces fermés et hygiéniques au sein des entreprises, et systématiser les aménagements de poste comme le recours au télétravail ou des horaires flexibles. Le projet cherche à supprimer la pénalisation financière et organisationnelle qui contraint de nombreuses mères à renoncer prématurément à nourrir leur enfant.
Un cadre juridique français jugé trop restrictif pour les salariées
Le Code du travail encadre actuellement cette pratique via l'article L. 1225-30. Les salariées disposent d'une heure quotidienne, fractionnée en deux périodes de 30 minutes, pour allaiter ou tirer leur lait sur leur temps de travail jusqu'au premier anniversaire de l'enfant. Cependant, ces temps d'absence ne constituent pas du temps de travail effectif et n'ouvrent droit à aucun maintien de salaire par l'employeur, sauf accord de branche ou d'entreprise plus favorable.
À cette perte de revenus s'ajoute le casse-tête logistique. Selon les articles L. 1225-32 et R. 4152-13, l'obligation d'aménager un local dédié, propre et pourvu d'un point d'eau concerne uniquement les structures employant au moins 100 salariées. La plupart des travailleuses se retrouvent ainsi dépourvues d'infrastructures décentes.
Enfin, l'absence de congé post-maternité adapté crée un décalage majeur : le congé légal s'arrête à 10 semaines après l'accouchement, alors que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise un allaitement exclusif jusqu'à l'âge de 6 mois.
Salariées : vos droits actuels et l'impact des mesures proposées
Aujourd'hui, pour bénéficier des deux pauses de 30 minutes, la salariée doit avertir son employeur afin de caler ces créneaux, généralement répartis entre le matin et l'après-midi. L'employeur ne peut pas s'y opposer, y compris si la démarche vise exclusivement à tirer son lait. Il est recommandé d'éplucher sa convention collective pour vérifier si le salaire reste maintenu. Pour obtenir du télétravail ou des horaires aménagés, la salariée doit formuler une demande lors de l'entretien de reprise et peut solliciter les élus du comité social et économique (CSE) en cas de refus patronal.
Si les propositions de Marine Tondelier étaient adoptées par le Parlement, la donne changerait radicalement. Les retenues sur fiche de paie disparaîtraient (mais existent-elles vraiment ?) lors des tirages de lait, chaque établissement devrait garantir une pièce intime et propre, et un congé d'allaitement indemnisé par la Sécurité sociale permettrait de prolonger la garde de l'enfant sans précarisation financière.
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