L'Arcom s'attaque encore à CNews et au groupe Bolloré

Publié par Matthieu Chauvin
le 16/06/2026
Pascal Praud
Capture vidéo
© Capture vidéo CNews
Le gendarme de l'audiovisuel a officiellement mis en demeure la chaîne CNews pour un manquement au pluralisme des opinions, ouvrant la voie à d'éventuelles sanctions.

Cette décision inédite du régulateur marque un tournant historique dans le contrôle des médias télévisés français. À moins d'un an de l'élection présidentielle de 2027, les obligations inhérentes à l'utilisation gratuite des fréquences publiques se durcissent considérablement pour les diffuseurs.

Une mise en demeure inédite pour traitement univoque de l'information

L'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) hausse le ton face aux chaînes d'information. Lundi 15 juin 2026, l'instance a officiellement notifié une mise en demeure à CNews, donnant ainsi suite à une saisine initiée par l'association Reporters sans frontières (RSF) en début d'année. Pour étayer cette injonction, le gendarme de l'audiovisuel a épluché 168 heures de diffusion, réparties sur 146 émissions programmées durant le mois de mars 2025. Le panel d'étude incluait notamment des formats très populaires animés en direct.

Selon le communiqué officiel de l'Arcom publié le jour de la sanction, les experts ont acté un "déséquilibre manifeste et durable" dans l'expression des différents courants de pensée. Le régulateur pointe particulièrement du doigt la couverture éditoriale des thématiques liées à la sécurité, l'immigration ou la religion. "La répétition des mêmes commentaires et opinions fait apparaître la prédominance d'un même cadre d'interprétation de l'actualité", précise l'autorité. 

D'après le rapport, le comportement des animateurs structure directement cette dynamique en restreignant l'émergence d'une contradiction nuancée. La chaîne du groupe Canal+ avait déjà fait l'objet d'un premier rappel à l'ordre pour des motifs identiques en juillet 2024. "Les chaînes sont libres du choix des thèmes, d’accorder plus ou moins de temps d’antenne à des débats, même si c’est une chaîne d’information. Sa seule obligation est de respecter le pluralisme"  indique au Figaro Catherine Jentile de Canecaude, présidente du groupe de travail "Pluralisme et déontologie de l’information et des programmes" de l’Arcom.

Le nouveau cadre du pluralisme élargi bouscule le paysage médiatique

Cette procédure administrative découle de l'application stricte du concept de pluralisme élargi, une norme dictée par l'arrêt du Conseil d'État rendu le 13 février 2024. Avant ce bouleversement juridique, l'Arcom mesurait le pluralisme en chronométrant exclusivement le temps de parole des personnalités du monde politique. La nouvelle législation impose d'évaluer la diversité des angles abordés par la totalité des personnes présentes sur un plateau, englobant désormais les éditorialistes, les invités réguliers et les chroniqueurs.

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Les instances de contrôle ont dû adapter leur méthodologie pour répondre à ces exigences sans verser dans la police de la pensée. Cité par le journal Le Figaro, Martin Ajdari, président de l'Arcom, détaille l'approche adoptée par ses équipes :"Il ne s’agit pas d’attribuer une opinion politique à un intervenant, ce qui est interdit par le Conseil d’État. Mais l’appréciation, plus subjective, doit se fonder sur l’analyse des propos tenus, ce qui est une différence extrêmement importante."

Pourtant, l'institution affirme : "Encore une fois, le problème n’est pas la nature des propos tenus à l’antenne, mais l’absence ou la minimisation d’autres points de vue présents dans le débat sur les principaux thèmes abordés." Difficile de ne pas voir ici une sacrée contradiction entre la position de l'Arcom et les arguments de son président...

CNews riposte, les autres chaînes logées à la même enseigne ?

Face à ces menaces, les téléspectateurs s'interrogent sur l'avenir de leur grille des programmes. Bien qu'une coupure d'antenne demeure juridiquement possible, l'Arcom privilégie historiquement les ponctions financières pour sanctionner les dérapages persistants. La direction de CNews refuse d'accepter cette mise sous tutelle éditoriale. La chaîne prépare activement sa riposte judiciaire et annonce son intention de déposer un recours formel devant le Conseil d'État.

Citée par nos confrères, la chaîne a diffusé le communiqué suivant : "CNews conteste fermement les griefs formulés par l’Arcom. Elle considère que l’appréciation portée par l’Autorité sur le pluralisme des courants de pensée et d’opinion conduit à une interprétation excessivement restrictive de la liberté éditoriale dont doivent bénéficier les médias dans une démocratie (...) Attachée à la liberté d’expression, au pluralisme des débats et à l’indépendance de sa ligne éditoriale, CNews estime que cette décision porte une atteinte injustifiée à ces principes démocratiques fondamentaux."

Dès la rentrée de septembre, l'Arcom, en vue de la présidentielle de 2027, mettra en place une surveillance accrue des quatre grandes chaînes d'information : BFMTV, CNews, LCI, franceinfo. 

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