Français arrêtés à Dubaï : arrêtés après avoir filmé l'interdit, ils risquent gros

Publié par Matthieu Chauvin
le 19/03/2026
Dubaï
Istock
Plusieurs Français, dont l'influenceuse Maeva Ghennam, ont été rattrapés par la justice émiratie après avoir diffusé des vidéos d'incidents sécuritaires sur les réseaux sociaux.

Dans un Moyen-Orient sous haute tension, les autorités des Émirats arabes unis resserrent la vis sur la communication numérique. Alors que le partage instantané de vidéos est une seconde nature pour beaucoup, cette habitude se heurte frontalement à la réglementation stricte du pays. Les récents événements impliquant des ressortissants français illustrent brutalement les risques judiciaires liés à la publication d'images sensibles sur le web.

Des vidéos de missiles qui mènent tout droit en garde à vue

L'affaire a rapidement enflammé les plateformes. L'influenceuse Maeva Ghennam a subi une convocation par les autorités, tandis que trois autres ressortissants français ont été directement incarcérés. Les forces de l'ordre leur reprochent d'avoir partagé sur Snapchat et Instagram des séquences montrant des interceptions de missiles et des chutes de débris dans le ciel de Dubaï. Selon les directives martelées par le Dubai Media Office, ces publications surviennent dans un contexte régional inflammable, forçant la police à une traque implacable de ces contenus.

FranceInfo rapporte que "Le procureur général émirati a demandé la semaine dernière de ne pas 'filmer, diffuser ou partager des images et des vidéos des lieux d’incidents ou de dommages qui résultent de tirs balistiques ou de débris qui tombent dans certaines zones'." Ce pour ne pas donner d'informations à Téhéran.

Le réflexe de la "story" s'écrase ici contre la souveraineté numérique émiratie. De plus, le fait d'être un touriste étranger n'accorde aucune indulgence. Même une vidéo supprimée rapidement peut enclencher des poursuites pénales immédiates. Toutefois, Maeva Ghennam a apporté un démenti sur Instagram, relate le quotidien : "Je ne comprends pas pourquoi il y a tout ses articles sur moi par rapport à Dubaï. J’ai étais convoquer pour ma case et non pas pour mes vidéos sur la situation. Je ne suis jamais allez en garde à vu pur ça cette histoire est fausse et j’ai pas eu d’amande !! (sic)."

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Filmer des incidents de sécurité constitue un délit sévèrement puni

Les forces de sécurité s'appuient sur le décret-loi fédéral n° 34 de 2021 sur la cybercriminalité. Ce texte réprime la captation et la diffusion d'incidents de sécurité, d'infrastructures sensibles ou d'accidents. Les sanctions prévues sont extrêmement lourdes. Les contrevenants risquent des peines de prison ferme assorties d'une expulsion définitive du territoire.

Du côté du portefeuille, les amendes explosent. Publier des "rumeurs, de fausses informations ou de contenus contraires aux annonces officielles, ou qui ont pour but d’affoler ou de nuire à la sécurité et à l’ordre public" peut coûter 47 000 euros. Les amendes peuvent atteindre 500 000 dirhams, soit environ 125 000 euros pour les infractions numériques les plus graves. L'enjeu pour les Émirats arabes unis dépasse la simple sécurité intérieure. Le gouvernement souhaite maintenir coûte que coûte sa réputation de havre de paix. Cette stratégie de contrôle absolu de l'information demeure indispensable pour rassurer les investisseurs étrangers et faire tourner l'industrie massive du tourisme.

L'impuissance de la diplomatie face à la loi locale

Face à ces emprisonnements, les recours restent très encadrés. Le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères met régulièrement en garde ses concitoyens face à l'intransigeance des juridictions du Golfe. Bien que le Quai d'Orsay accompagne les détenus via la protection consulaire, ses marges de manœuvre sont réduites. "La France ne peut pas soustraire un de ses ressortissants à l'application de la loi locale", stipule le principe diplomatique général. Mais Maude Brégeon, porte-parole du gouvernement a toutefois déclaré jeudi 19 mars sur BFM TV que les français emprisonnés "bénéficient de la protection consulaire, le Quai d’Orsay est en lien avec eux, avec leurs avocats et donc nous suivons la situation avec la plus grande attention."

Sur son portail France Diplomatie, le gouvernement prévient : "Il est formellement interdit de photographier les bâtiments officiels (ministères, palais, résidences officielles, etc.), les installations militaires ainsi que certains sites sensibles." Les voyageurs doivent impérativement s'abstenir de filmer le moindre mouvement de troupes ou d'aéronefs. La liberté d'expression virtuelle s'efface totalement devant le maintien de l'ordre public local. Avant de boucler ses valises, la consultation des recommandations officielles s'impose pour éviter le cauchemar carcéral.

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