Scandale à la tour Eiffel : les femmes salariées forcées de se cacher lors de la visite d'un groupe religieux

Publié par Matthieu Chauvin
le 08/09/2026
Tour Eiffel
Istock
La tour Eiffel est restée fermée au public ce lundi 7 septembre à la suite d'un débrayage spontané des équipes, indignées par l'éviction de salariées femmes lors de la visite d'une délégation religieuse hindoue.

L'incompréhension domine sur le parvis du monument parisien, inaccessible aux visiteurs tout au long de la journée. Les équipes d'accueil et de surveillance ont exercé leur droit de retrait pour contester des consignes managériales jugées discriminatoires survenues pendant le week-end. Cette mobilisation sociale soudaine a entraîné l'annulation de milliers de billets et déclenché une onde de choc au sein des institutions municipales.

La fermeture du monument après la mise à l'écart de salariées

Le monument est resté portes closes durant toute la journée du lundi 7 septembre. Le site officiel mentionnait d'abord un simple retard à l'ouverture pour des "raisons opérationnelles", avant de notifier la suspension intégrale des visites. L'origine de la crise remonte au samedi 5 septembre, lors de l'accueil d'une centaine de membres de l'organisation hindoue conservatrice Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha (BAPS) au deuxième étage de la Dame de fer.

Plusieurs employées – agentes d'accueil du site et salariées sous-traitantes – ont reçu l'ordre d'évacuer les lieux ou de ne pas se montrer. Dans un communiqué syndical transmis par la CGT, les salariés rapportent les faits : "Certaines ont été invitées à quitter leur poste et à se mettre à l'écart dans des locaux. À certains postes, elles ont été remplacées par des hommes. Et toutes les femmes salariées ont reçu la consigne de ne pas passer ou de ne pas traverser certaines zones pendant la présence de la délégation." L'organisation syndicale fustige des consignes professionnelles ayant conduit ces agentes à être "écartées, remplacées et rendues invisibles en raison de leur sexe."

Réunis en assemblée générale dès lundi matin, les agents ont dénoncé une atteinte inacceptable à l'égalité pour justifier l'arrêt de travail. Les négociations d'urgence menées avec les syndicats ont abouti à l'annonce d'une réouverture du site pour le mardi 8 septembre à 9 h 30.

Face à la vive contestation, la Société d'exploitation de la tour Eiffel (SETE) a présenté ses excuses aux équipes. L'organisme gestionnaire a reconnu avoir accédé à une demande visant à limiter les interactions avec le personnel féminin, admettant officiellement que « ces conditions n'auraient pas dû être acceptées ».

Vous avez aimé cet article ?

Failles d'encadrement, principes républicains et enquêtes annoncées

La venue de cette délégation accompagnait les cérémonies de consécration, le 6 septembre à Bussy-Saint-Georges, du tout premier grand temple traditionnel en France de ce mouvement religieux. Réagissant aux critiques sur le réseau social X, la branche parisienne de la BAPS a affirmé : "À notre connaissance, à aucun moment l'accès à la tour Eiffel n'a été refusé à qui que ce soit."

Cet arrangement avec des règles confessionnelles rétrogrades a provoqué une vive réprobation politique et syndicale. Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a condamné ces dérives : "Il n'est pas acceptable que ces conditions puissent être tolérées. L'égalité entre les femmes et les hommes ne s'arrêtera jamais au pied de nos monuments historiques, ni à aucun endroit de cette ville." Les réaction indignées se sont succédées sur les réseaux sociaux de la part de politiques de tous bords de Gabriel Attal à Marine Le Pen.

Pour déterminer les failles managériales, la municipalité et la SETE ont diligenté des enquêtes administratives internes immédiates. Ariel Weil, maire de Paris Centre et président de la SETE, s'est engagé à identifier les échelons hiérarchiques impliqués : "On va faire la lumière sur ce qu'il s'est passé et on en tirera les conséquences. Je réaffirme l'attachement de la tour Eiffel aux valeurs républicaines, à l'égalité femmes-hommes et au respect de la laïcité." Des procédures disciplinaires sont d'ores et déjà envisagées contre les cadres décisionnaires.

En réponse à cet incident, la CGT et les représentants du personnel exigent désormais une refonte protectrice des protocoles d'accueil privé. Ils réclament un verrouillage strict des chartes commerciales afin qu'aucun impératif diplomatique, religieux ou financier ne permette plus de contourner les lois françaises sur la neutralité et la non-discrimination au travail.

Google News Voir les commentaires