Réseaux sociaux : pourquoi l'« EU Kids Act » menace la vie privée de tous les adultes

Publié par Stéphane Leduc
le 18/09/2026
Ursula von der Leyen
Capture Twitter
compte Ursula von der Leyen
La Commission européenne veut bannir les moins de 13 ans des réseaux sociaux via un contrôle d'identité généralisé, déclenchant une vive polémique sur la fin de l'anonymat et le risque de fuites massives de données pour l'ensemble des internautes.

Présenté à Strasbourg par l'exécutif européen, le projet de règlement « EU Kids Act » entend serrer la vis face à l'exposition des jeunes aux écrans. Alors que les adolescents européens passent en moyenne 4 à 6 heures par jour devant leurs terminaux les jours d'école, Bruxelles choisit la méthode forte en imposant une barrière technologique qui touche en réalité l'ensemble de la population.

L'« EU Kids Act », la Commission européenne verrouille l'accès aux écrans

Le dispositif porté par Bruxelles frappe fort. Le texte prévoit l'interdiction totale des réseaux sociaux avant 13 ans, soumet les comptes des adolescents de 13 à 15 ans à une autorisation parentale stricte, et brandit des sanctions pouvant atteindre 6 % du chiffre d'affaires mondial annuel pour les plateformes récalcitrantes. Les réseaux sociaux ne sont pas les seuls ciblés : le périmètre englobe désormais les messageries vidéo, les chatbots d'intelligence artificielle et les jeux vidéo en ligne. 

Lors de la présentation officielle le 17 septembre 2026, la présidente Ursula von der Leyen a défendu cette offensive : « Today, our children are engaging with the most sophisticated technologies ever created. Technology that was never created with their wellbeing in mind. Our KIDS Act is reversing the burden of proof - it is for platforms to show they are safe by design. And we put parents back in the driving seat, giving them the tools to help their children navigate a safer online world » (« Aujourd'hui, nos enfants utilisent les technologies les plus sophistiquées jamais créées. Des technologies qui n'ont jamais été conçues en pensant à leur bien-être. Notre KIDS Act renverse la charge de la preuve »). 

L'Union européenne reprend ainsi l'initiative après la censure, prononcée le 14 août 2026 par le Conseil constitutionnel (décision n° 2026-911 DC), de la loi française sur la majorité numérique à 15 ans en raison d'une atteinte disproportionnée à la liberté d'expression.

Carte d'identité et biométrie, l'engrenage d'un contrôle généralisé

Pour écarter les mineurs, les géants du numérique doivent appliquer une vérification d'âge à l'ensemble des utilisateurs, adultes compris. Les dispositifs envisagés suscitent de lourdes contestations : envoi d'une pièce d'identité officielle, analyse faciale automatisée par webcam ou passage par un portefeuille d'identité numérique. 

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Remettre des données d'état civil ou des scans biométriques à des services régulièrement victimes de piratages massifs expose chaque citoyen à des fuites de données d'une gravité inédite. Les régulateurs et défenseurs des libertés publiques dénoncent cette dérive. La CNIL avertit fermement que « la vérification de l'âge est susceptible de modifier la protection de la vie privée de l'internaute »

De son côté, l'association La Quadrature du Net s'insurge contre la mise en place d'un passeport virtuel permanent : « Derrière cette vérification d'âge se cache en fait un contrôle d'identité, que la France et la Commission européenne poussent chacune de leur coté pour le généraliser à l'échelle de l'Union européenne. Avec comme conséquence une remise en cause toujours plus grande du droit à l'anonymat en ligne. »

Ce que ce tour de vis change pour votre vie numérique

Cette obligation sonne le glas du pseudonymat protecteur sur Internet. Le traçage systématique menace de rattacher chaque avis rédigé, commentaire partagé ou recherche personnelle à l'état civil authentique des internautes. 

Le remède risque pourtant d'échouer : les adolescents se tourneront massivement vers les réseaux privés virtuels (VPN) pour contourner les verrous régionaux, créant une contrainte bureaucratique lourde pour les adultes sans résoudre les pratiques des plus jeunes. 

Devant cette menace d'intrusion, certains réflexes s'imposent : refusez de transmettre vos pièces officielles d'identité à des plateformes tierces, configurez vos comptes actuels en visibilité restreinte et désactivez les connexions automatisées via des services tiers pour limiter le partage de vos informations personnelles.

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