Refus de marier un OQTF : un maire assigné en justice appelle Emmanuel Macron à la barre

Publié par Matthieu Chauvin
le 03/09/2026
Robert Ménard
abacapress
© Apaydin Alain/ABACA
Poursuivi pour avoir refusé de célébrer l'union d'un homme sous obligation de quitter le territoire français (OQTF), le maire de Béziers Robert Ménard veut faire citer Emmanuel Macron comme témoin à son procès.

L'affaire du mariage refusé à l'hôtel de ville de Béziers prend une nouvelle tournure judiciaire et politique. Alors que la loi encadre strictement les attributions des élus locaux lors des cérémonies civiles, l'opposition frontale entre l'application des arrêtés d'expulsion et les libertés individuelles se déplace désormais devant les magistrats.

Robert Ménard devant le tribunal et l'assignation symbolique d'Emmanuel Macron

Le maire de Béziers, révèle 20 Minutes, doit comparaître devant le tribunal correctionnel de Montpellier pour avoir rejeté la célébration du mariage unissant une citoyenne française et un ressortissant algérien sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français (OQTF). L'élu refuse d'acter cette union malgré l'absence d'opposition formelle formulée par la justice.

La situation s'est alourdie avec le dépôt d'une nouvelle plainte par la Ligue de défense des valeurs républicaines. L'association vise nommément le maire pour "abus d'autorité", "discrimination" et "provocation publique à la discrimination." Cette action fait suite à ses déclarations lors des festivités locales estivales : "Ici, je marie les gens qui sont en situation régulière et les OQTF, on les renvoie chez eux."

Pour préparer sa défense, Robert Ménard a annoncé son intention de faire citer Emmanuel Macron comme témoin à la barre. L'élu souhaite contraindre le chef de l'État à expliciter ses déclarations publiques passées, dans lesquelles il qualifiait cet imbroglio institutionnel de situation "ubuesque." Sur le plan pénal, en vertu de l'article 432-1 du Code pénal réprimant l'entrave à l'exercice de la loi par une personne dépositaire de l'autorité publique, le maire encourt jusqu'à 5 ans d'emprisonnement, 75 000 euros d'amende et une peine d'inéligibilité.

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Les obligations strictes du maire face aux arrêtés d'éloignement

Lorsqu'il célèbre une union, le maire n'agit pas au nom de sa commune mais en qualité d'officier d'état civil, représentant direct de l'État sous l'autorité exclusive du procureur de la République. À ce titre, la réglementation ne lui confère aucun pouvoir d'appréciation politique ou d'opportunité sur la situation administrative des requérants.

La liberté matrimoniale constitue un principe à valeur constitutionnelle, protégé tant par le Conseil constitutionnel que par l'article 12 de la Convention européenne des droits de l'homme. Ce droit fondamental s'applique à tout individu présent sur le sol national, indépendamment de la régularité de son séjour ou de l'existence d'une procédure d'éloignement en cours.

Pour lutter contre les mariages de complaisance ou frauduleux, le cadre juridique fixe une procédure précise via l'article 175-2 du Code civil. L'officier d'état civil peut uniquement auditionner les futurs époux et transmettre le dossier au parquet en cas de soupçon avéré. Si le procureur décide de ne pas former d'opposition dans les délais légaux, la célébration devient strictement obligatoire pour la mairie.

Ce dossier met en lumière une fracture persistante. D'un côté, certains élus réclament une réforme législative pour interdire l'accès au mariage aux personnes sous OQTF. De l'autre, les autorités judiciaires rappellent l'obligation de respecter la hiérarchie des normes et l'état de droit, qui empêchent de bloquer une union sans décision magistrale préalable.

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