Raphaël Glucksmann : l’essayiste rattrapé par ses mots sur Royal

Publié par Pierre-Antoine Martel
le 05/10/2026
Raphaël Glucksmann
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Il veut incarner une gauche européenne capable de gouverner. Mais ses propos sur Ségolène Royal exposent un autre registre, plus brutal. De son héritage intellectuel à ses ambitions présidentielles, portrait d’un candidat dont la fermeté peut aussi devenir un obstacle au rassemblement.

Le 4 octobre, sur le plateau de BFMTV, Raphaël Glucksmann doit défendre autre chose que son programme. Interpellé sur ses propos visant Ségolène Royal, l’eurodéputé présente des excuses pour des mots qu’il reconnaît comme inélégants, tout en réfutant leur caractère sexiste.

À quelques jours du vote entre les cinq candidats à la primaire sociale-démocrate, la séquence met à l’épreuve son positionnement. Celui qui défend une alternative à la radicalité insoumise se retrouve sommé de répondre de sa propre manière de parler de ses adversaires.

Un héritier intellectuel au parcours moins linéaire qu’il n’y paraît

Fils du philosophe André Glucksmann, Raphaël grandit dans un environnement où les débats politiques et les engagements internationaux occupent une place centrale. Diplômé de Sciences Po, il devient journaliste, documentariste puis essayiste. Le génocide des Tutsis au Rwanda figure parmi ses premiers sujets de travail.

Son apprentissage politique passe aussi par l’étranger. À la fin des années 2000, il rejoint la Géorgie et conseille le président Mikheïl Saakachvili sur le rapprochement avec l’Europe.

Son itinéraire ne se confond pourtant pas avec celui d’un militant socialiste de toujours. Dans un portrait publié en 2024, Le Monde rappelle son rapprochement avec Alternative libérale en 2007. Dix ans plus tard, il soutient Benoît Hamon et refuse une proposition de collaboration des équipes d’Emmanuel Macron.

Ce parcours éclaire une personnalité politique construite hors des structures traditionnelles du PS, dont il sollicite désormais les électeurs.

L’Europe comme tremplin, Mélenchon comme ligne de fracture

En novembre 2018, Raphaël Glucksmann cofonde Place publique. L’année suivante, il conduit une liste avec le Parti socialiste et entre au Parlement européen. Son engagement pour les Ouïghours, contre le travail forcé et en soutien à l’Ukraine contribue à installer sa notoriété.

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Le scrutin européen de 2024 lui donne une nouvelle dimension : sa liste obtient 13,8 % des voix, devant celle de La France insoumise. L’essayiste dispose désormais d’un résultat électoral pour soutenir ses ambitions nationales.

Mais sa volonté de reconstruire une gauche sociale-démocrate repose sur une séparation assumée avec Jean-Luc Mélenchon. Les tensions avec le fondateur de LFI ne relèvent pas seulement d’une rivalité personnelle : elles concernent les alliances et la stratégie de conquête du pouvoir.

Lors du débat du 4 octobre, Glucksmann refuse néanmoins l’alternative que lui prêtent ses concurrents. Il affirme ne vouloir se fondre ni dans le mélenchonisme ni dans une alliance avec la droite.

La phrase sur Royal qui déplace le débat

C’est dans ce contexte que ressurgissent des propos tenus lors d’une réunion politique du 17 septembre. Dans une vidéo rendue publique, Raphaël Glucksmann accuse Ségolène Royal d’avoir fait la « danse du ventre à Macron ».

L’ancienne candidate à la présidentielle y voit une attaque dégradante envers une femme et dénonce des connotations sexuelles. La polémique sur le sexisme de cette formule s’invite alors au début du dernier débat télévisé.

Glucksmann insiste d’abord sur le caractère privé des échanges. Olivier Faure lui oppose qu’il s’agissait d’une réunion politique. Le candidat de Place publique finit par exprimer ses regrets, sans accepter l’interprétation de Royal.

La difficulté, pour lui, dépasse désormais le choix d’une expression. La séquence permet à ses rivaux d’interroger la cohérence entre sa critique de la brutalisation politique et le vocabulaire qu’il emploie lui-même.

Convaincre ne suffira pas : il faudra aussi rassembler

Cet épisode ne permet pas de mesurer, à lui seul, un éventuel recul électoral. Rien ne démontre encore qu’il modifiera les intentions de vote, notamment celles des femmes ou des sympathisants modérés.

Il révèle en revanche une tension au cœur de sa candidature : comment affirmer une ligne ferme sans rendre tout rapprochement impossible ? La primaire doit départager des adversaires qui se sont engagés à soutenir son vainqueur.

Les 9 et 10 octobre, les électeurs choisiront un candidat, mais aussi une manière de conduire leur camp. Pour Raphaël Glucksmann, l’enjeu n’est donc pas seulement de sortir d’une polémique. Il est de montrer que l’homme des convictions peut aussi devenir celui du rassemblement.

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