Présidentielle : Marine Le Pen finalement inéligible ?
La controverse a éclaté ce mardi 27 octobre 2026 après la parution d'un entretien dans Le Monde. Didier Guérin, magistrat honoraire et ancien président de la chambre criminelle de la Cour de cassation, y soutient que le pourvoi formé par la responsable du Rassemblement national réactive son inéligibilité immédiate. Une analyse vivement contestée par le camp Le Pen, qui dénonce une manœuvre politique à l'approche de l'élection présidentielle.
L'offensive des avocats de Marine Le Pen devant le Conseil supérieur de la magistrature
Face aux déclarations de l'ancien haut magistrat, la riposte du camp Le Pen s'est organisée sans délai. Ce mardi 27 octobre 2026, le collège de défense de la députée, composé notamment de maîtres Rodolphe Bosselut, François-Henri Briard, Stéphane Bonichot et David Dassa-Le-Deist, a déposé une plainte formelle auprès du Conseil supérieur de la magistrature (CSM).
Les conseils de l'élue dénoncent un manquement caractérisé au devoir de réserve et aux règles élémentaires de déontologie judiciaire. Selon la défense, un magistrat retraité ne dispose d'aucun droit d'intervenir publiquement sur un dossier en cours d'instruction devant la haute juridiction. Les avocats réclament ainsi le retrait de son honorariat, seule sanction disciplinaire applicable par l'institution à l'encontre d'un juge à la retraite.
La bataille de procédure autour de l'effet suspensif et le calendrier présidentiel
Au cœur de l'affrontement se trouve une divergence technique d'interprétation du Code de procédure pénale. Pour Didier Guérin, la situation découle d'un arrêt rendu le 28 septembre 1993 par la chambre criminelle de la Cour de cassation. L'ancien magistrat affirme dans les colonnes du quotidien que le pourvoi suspend l'arrêt de la cour d'appel du 7 juillet 2026, restaurant de fait la décision de première instance.
Didier Guérin formule son analyse sans détour : "l'exécution provisoire des 5 ans d'inéligibilité prononcée par le tribunal correctionnel de Paris se poursuit pendant la procédure de cassation et qu'en l'état, la demanderesse demeure inéligible." Le 31 mars 2025, le tribunal correctionnel avait infligé à l'élue 4 ans de prison dont 2 ferme, 100 000 euros d'amende et 5 ans d'inéligibilité assortis de l'exécution provisoire.
Les juristes du Rassemblement national réfutent totalement cette lecture. Ils rappellent que la cour d'appel de Paris a réformé cette peine en fixant la sanction à 3 ans de prison dont 1 ferme sous bracelet, 100 000 euros d'amende et 45 mois d'inéligibilité dont 30 avec sursis, sans ordonner d'exécution provisoire. D'après la défense, la fraction ferme de 15 mois a été purgée depuis le premier jugement, ce qui laisse la dirigeante libre de concourir au scrutin présidentiel.
Ce différend juridique accentue la pression sur le calendrier électoral de 2027. La chambre criminelle de la Cour de cassation ne devrait pas rendre son arrêt avant le début d'avril 2027, soit quelques semaines à peine avant le premier tour. L'état-major du RN dénonce un calendrier politique conçu pour freiner sa représentante, tandis que le Conseil constitutionnel pourrait être contraint de trancher définitivement la validité de sa candidature en cas de pourvoi non purgé.
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