Vers une France sans départements : le pari risqué de David Lisnard pour débureaucratiser le pays
Ce projet de rupture avec l'héritage de la Révolution française secoue le paysage politique. Le maire de Cannes souhaite repenser l'organisation territoriale du pays pour en finir avec la paralysie administrative. Cette réforme choc soulève de nombreuses interrogations sur les conséquences pratiques pour la place de la France en Europe et l'avenir des services locaux.
Remplacer le millefeuille territorial par des provinces historiques
Dans la lignée de ses récentes interventions, l'élu suggère un bouleversement institutionnel porté par son mouvement Nouvelle Énergie. Il recommande la suppression définitive des 101 départements français créés en 1789, ainsi que des grandes régions issues de la réforme de 2015. À la place de ces tracés administratifs abstraits, l'édile propose la création de grands échelons nommés provinces, fondés sur des réalités géographiques et historiques fortes.
Cette vision s'appuie sur le principe de la subsidiarité ascendante. En pratique, la commune deviendrait l'unique cellule démocratique de base, rapporte Nouvelle Énergie. Les futures provinces n'assumeraient que les compétences impossibles à gérer à l'échelle municipale. En s'attaquant au département, le candidat potentiel à la présidentielle remet en cause un pilier centralisateur de l'unité nationale hérité de la Révolution, préférant promouvoir une approche plus enracinée.
Combattre la bureaucratie pour relever le défi européen
Cette restructuration vise à combattre ce que le maire décrit comme un État obèse. La sur-administration française coûte environ 100 milliards d'euros chaque année, soit 4 % du PIB, selon les données du Cercle des élus locaux. Dans le Manifeste Nouvelle Énergie, il est souligné que les tâches administratives accaparent 33 % de la masse salariale des fonctionnaires en France, contre 25 % outre-Rhin. Une autre étude citée par le mouvement indique que l'Hexagone compte 450 000 agents de plus que l'Allemagne dans les fonctions d'administration pure.
Ce constat alimente une crise de l'exécution publique. L'argent des contribuables abonde, mais les services essentiels comme la santé, l'école ou la sécurité défaillent lourdement en raison d'une gestion en coulisses trop pesante. "La bureaucratie est une pesanteur qui coûte cher au contribuable, qui se traduit en règles souvent contradictoires", affirme-t-il dans le Manifeste Ambition France.
Ce redécoupage drastique prépare également le pays à s'insérer dans une Europe moins technocratique. Avec l'appui de provinces puissantes, la nation pourrait rivaliser économiquement avec les Länder allemands ou les communautés espagnoles. Il s'agit de préserver la souveraineté nationale face aux contraintes d'une Europe de l'autorisation préalable.
Les obstacles institutionnels et le risque de fracture
Malgré l'enthousiasme de ses partisans, le débat se crispe sur la préservation de l'égalité territoriale. La création de telles entités autonomes fait poindre la menace d'une nation à deux vitesses. Les zones métropolitaines dynamiques pourraient s'enrichir considérablement au détriment des espaces ruraux. Se pose également la question du maintien des services de proximité, à l'instar de l'action sociale ou des collèges, gérés par les départements.
La phase de transition soulève de lourdes interrogations concernant le coût financier immédiat de ce chamboulement et le destin des milliers d'agents publics employés par les conseils régionaux et départementaux. L'usage assumé du terme de province inquiète certains observateurs qui redoutent un recul démocratique.
Appliquer ce programme exigerait une révision constitutionnelle majeure. Les parlementaires devraient impérativement modifier l'article 72 de la Constitution, texte qui garantit le statut des collectivités territoriales actuelles de la République.
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