Marine Le Pen : les propos de Mélenchon "bien pires" que ceux de son père

Publié par Matthieu Chauvin
le 05/03/2026
Marine Le Pen
abacapress
© Coust Laurent/ABACA
Face aux récentes polémiques visant Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen opère une manœuvre politique spectaculaire en inversant la charge de la stigmatisation antisémite qui a si longtemps collé aux semelles du Font, puis du Rassemblent national. Il faut dire que cette fois, le chef de file de LFI a dépassé les bornes et que même la gauche commence à s'en désolidariser.

Face aux récentes polémiques visant Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen opère une manœuvre politique spectaculaire en inversant la charge de la stigmatisation. La stratégie de l'effet miroir transforme actuellement le paysage politique français. En qualifiant les sorties du leader insoumis de pires que celles de son père, la figure de proue du Rassemblement National s'appuie sur ces événements pour accélérer la normalisation de son parti. 

Et dans les faits, il semble bel et bien que l'antisémitisme soit passé de "l'autre côté." Même le PS se désolidarise (en sera-t-il de même lors des municipales ?). Son bureau national a publié un communiqué dans lequel il reproche à Jean-Luc Mélenchon des "caricatures complotistes et propos antisémites" révèle Le Figaro. L'intéressé s'est ensuite excusé mais personne n'y croit vu le ton employé...

Une comparaison assumée avec Jean-Marie Le Pen

L'événement déclencheur remonte à début mars, lors d'un meeting tenu à Perpignan. Jean-Luc Mélenchon y a prononcé des moqueries ciblées sur les noms de Raphaël Glucksmann et de Jeffrey Epstein. La réaction ne s'est pas fait attendre du côté du Rassemblement National. Lors d'une interview donnée mercredi sur RTL, Marine Le Pen a saisi la balle au bond en affirmant que ces propos s'avéraient "bien pires que ce qui a pu être reproché" à Jean-Marie Le Pen. Elle va plus loin en affirmant : "Il est dans une provocation électoraliste qui vise à manier l’antisémitisme pour essayer de mobiliser l’électorat antisémite", et s'étonne que "certains lui trouvent des excuses."

Quand l'extrême gauche prend le relais

Le trait est particulièrement forcé lorsque l'on se remémore les lourdes condamnations historiques de l'ancien président du Front National, notamment pour ses déclarations sur le "point de détail" de l'histoire concernant l'existence des chambres à gaz ou encore le fameux "Durafour crématoire." Cette manœuvre politique vise un but précis : instrumentaliser les outrances régulières de La France Insoumise pour acter une rupture définitive avec l'héritage polémique du parti d'extrême droite.

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Elle continue ainsi sa diatribe : "Si quelqu’un du RN avait dit ce qu’a dit Jean-Luc Mélenchon, ça aurait fait la une des journaux télévisés, des journaux papier, ça aurait engendré des manifestations dans la rue. Là, ce n’est pas le cas, parce que c’est quand même un mec de gauche. La famille de gauche est beaucoup plus complaisante et a parfois l’indignation sélective."

Le Rassemblement National comme bouclier politique

Le parti à la flamme tire un profit direct de la réaction des personnalités de gauche. Comme le rapporte Libération, l'eurodéputé Raphaël Glucksmann a sèchement répliqué au leader insoumis par un tweet ironique : "OK Jean-Marie Le Pen." Mieux encore pour le parti lepéniste, Franceinfo souligne que l'élu de gauche estime que "Mélenchon confirme qu'il est devenu le Jean-Marie Le Pen de notre temps."

Cette séquence permet au Rassemblement National d'inverser totalement les rôles. La formation d'extrême droite se présente désormais comme le rempart face à un "nouvel antisémitisme", qu'elle attribue directement à la gauche radicale. En dénonçant un traitement médiatique à deux vitesses, Marine Le Pen place habilement son mouvement dans le camp de la respectabilité républicaine face à une gauche décrite comme brutalisée.

Un basculement de l'opinion confirmé par les chiffres

Les études d'opinion récentes illustrent ce bouleversement. Selon un sondage de l'Ifop dévoilé en février 2026, 76 % des Français estiment que la rhétorique de Jean-Luc Mélenchon participe à la montée de l'antisémitisme. Une autre enquête de l'Ifop pour Valeurs Actuelles indique que les préjugés antisémites sont désormais davantage partagés chez les sympathisants de La France Insoumise (29 %) que chez ceux du Rassemblement National (19 %).

Les données récoltées par l'institut Ipsos appuient cette tendance. La proportion d'électeurs du parti lepéniste adhérant à des préjugés antisémites a chuté de dix points en quatre ans, alors qu'elle grimpe à 55 % chez les partisans de LFI. Pour les électeurs, les repères traditionnels sont complètement brouillés. Le Rassemblement National n'apparaît plus comme la menace principale pour la cohésion nationale aux yeux d'une large part de l'électorat de plus de 35 ans. L'absence de Jean-Luc Mélenchon lors des marches contre l'antisémitisme valide, par un simple jeu de contraste, la stratégie de silence et de cravate imposée par Marine Le Pen.

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