Patrick Sébastien à l'Assemblée : une audition explosive contre la direction de France Télévisions
L'ancien présentateur vedette du service public sort du silence avec fracas, sept ans après son éviction de France 2. Ce mardi, l'animateur a transformé son passage au Palais Bourbon en véritable règlement de comptes. Avec son franc-parler habituel, il a refusé d'édulcorer ses propos malgré le cadre solennel de l'institution.
Un réquisitoire frontal contre la gestion de Delphine Ernotte
Face aux députés, l'ancien présentateur a fustigé la politique éditoriale menée par Delphine Ernotte. Il accuse la présidente de mépriser une audience populaire au profit d'une vision très parisienne, liant directement ce cap à son licenciement brutal survenu en 2019. "Jusqu’à son arrivée, tout était humain et correct. Les audiences étaient là, [...] on faisait tout pour que les émissions marchent. Et quand madame Ernotte est arrivée, on a tout fait pour qu’elles ne marchent pas. D’entrée, elle voulait me dégager" a-t-il affirmé, cité par TV Magazine. "On m’a viré dans des conditions très particulières. J’ai passé 25 ans sur le service public, on ne m’a même pas parlé ou envoyé un mot. On a convoqué ma femme et on lui a dit 'vous lui direz que'..."
Qualifiant la direction de "fossoyeur du divertissement populaire", il n'a pas retenu ses coups. "Elle n'aime pas les gens, elle aime les chiffres et une certaine idée de la France qui n'est pas la mienne", affirme-t-il lors de son audition du 31 mars 2026. "Pour moi, une patronne de service public doit représenter tout le service public et pas seulement ceux qui sont d’accord avec son idéologie."
Le monopole de Nagui et le système Banijay ciblés
Le créateur du "Plus Grand Cabaret du Monde" a ensuite dénoncé une concentration excessive des budgets de production. Il pointe un favoritisme systématique accordé à Nagui et à la gigantesque société Banijay, étouffant les structures indépendantes. "Quand monsieur Takis Candilis est arrivé (proche de Banijay, NDLR) j’avais 16 prime time (8 “années bonheur” 8 “Plus grand cabaret du monde”), Nagui en avait trois. L’année d’après j’en avais plus que dix, il en avait sept. Et l’année d’après j’en avais 0, il en avait 11. Maintenant, vous tirez les conclusions que vous voulez."
"C'est un entre-soi permanent où les mêmes se partagent le gâteau public", déclare-t-il devant la commission. "On donne tout à Banijay, on donne tout à Nagui, et les petits producteurs meurent en silence."
Soupçons de corruption et charge contre Complément d'enquête
Cette audition choc s'est poursuivie sur le terrain éthique, avec l'évocation de mécanismes assimilés à une forme de "corruption passive" entre décideurs et boîtes de production privées. Il exige un audit profond des circuits financiers du groupe. Puis : "Je n’affirme rien, je pose juste une question. [...] Il est peut-être bon de savoir si des responsables chez France 2 vont passer leurs vacances dans des villas de producteurs privés ! [...] Ce n’est pas nouveau que dans un service public, il y ait des sociétés privées qui fassent des cadeaux pour obtenir des marchés."
Dans la foulée, il égratigne sévèrement les méthodes de l'émission "Complément d'enquête", jugées partiales. "Il y a des retours d'ascenseur qui ne disent pas leur nom. Je ne suis pas le seul à le penser, mais je suis le seul à avoir les couilles de le dire", lâche-t-il sans détour. "De mon point de vue à moi, des gens comme madame Ernotte et ceux qui sont autour sont intouchables. Et je pense que la politique a à voir là-dedans. En tout cas jusqu’aux prochaines élections, on a besoin d’elle."
Il attaque encore plus fort : "La dernière fois que je suis passé chez Cyril Hanouna pour parler un peu de ça, dès le lendemain mes contrats confidentiels se sont retrouvés sur les réseaux sociaux. Et ça ne peut venir que de France 2 […] Et je ne parle même pas du 'Complément d’Enquête' où Madame Ernotte s’est payée mon procès avec l’argent public, avec des mensonges et des délations incroyables. [...] Je n’ai pas d’animosité particulière mais cette dame me poursuit depuis le départ."
Le combat continu pour une télévision pour tous
Malgré la violence de ses accusations, l'homme de télévision réaffirme son attachement à la mission initiale du service public : réunir les familles. Il plaide vigoureusement pour un retour à la liberté de ton, déplorant la frilosité actuelle face au politiquement correct.
Les parlementaires ont soigneusement acté ces déclarations tonitruantes, risquant de déclencher de nouvelles convocations. "Ce n'est pas de l'aigreur, c'est une alerte", précise-t-il en conclusion.
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