"Friends" : une actrice, "la sixième amie", brise l'omerta sur le sexisme et la toxicité ambiantes
Vingt-deux ans après le final de la sitcom culte, l'interprète de Phoebe Buffay dénonce le sexisme systémique et la violence verbale des auteurs de l'époque. Ces déclarations inattendues relancent le débat sur l'ancienne affaire d'Amaani Lyle qui avait osé faire de même 27 ans plus tôt, opposant le respect des actrices à la liberté créative des studios hollywoodiens. Le contraste est d'autant plus saisissant que le programme reste mondialement réputé pour son atmosphère réconfortante.
Un plateau sous haute tension et des insultes
L'actrice de 62 ans Lisa Kudrow décrit un environnement de travail d'une rare rudesse lors des enregistrements. Les erreurs de texte ou les mauvaises réactions du public étaient immédiatement sanctionnées par l'équipe de rédaction. "Si vous vous trompiez dans une réplique de ces auteurs ou si la réaction n'était pas celle qu'ils attendaient de la part du public, ils pouvaient dire : 'Elle sait lire ou pas cette conne ? Elle ne fait même pas d'effort. Elle a bousillé ma réplique !'", confie-t-elle au Times Magazine. Ces propos cinglants résonnaient de façon paradoxale alors que 400 spectateurs applaudissaient la complicité du groupe à quelques mètres de là.
Une salle des auteurs marquée par le sexisme
Les coulisses étaient dirigées par une équipe de rédaction quasi exclusivement masculine, composée d'une quinzaine d'hommes. Lors de sessions de travail nocturnes, les scénaristes n'hésitaient pas à discuter ouvertement de leurs envies intimes. Jennifer Aniston et Courteney Cox constituaient les cibles principales de ces remarques déplacées. "Et nous savons que, là-bas dans la salle, les gars restaient tard à parler de leurs fantasmes sexuels sur Jennifer et Courteney. C'était intense", détaille la comédienne dans les colonnes du Times.
L'impunité juridique de l'affaire Amaani Lyle
Ce témoignage fait écho au précédent de 1999, lorsque l'assistante de rédaction Amaani Lyle avait dénoncé la misogynie ambiante du plateau et porté plainte contre contre Warner Bros. À l'époque, les documents judiciaires pointaient des commentaires dégradants sur l'anatomie de Courteney Cox et des désirs explicites concernant Jennifer Aniston. En 2006, la Cour suprême de Californie avait pourtant débouté la plaignante au nom de la liberté d'expression. La justice avait alors estimé que ces débordements faisaient partie du processus de développement d'une série télévisée.
Le silence comme mécanisme de survie
Face à cette ambiance pesante, l'interprète de Phoebe a choisi l'indifférence pour préserver sa carrière et sa stabilité. Déjà mariée au puissant homme de publicité Michel Stern en 1995, elle se sentait partiellement protégée de ces récits de conquêtes. "C'était brutal, mais ces types restaient assis jusqu'à 3 heures du matin pour essayer d'écrire la série, alors mon attitude était : 'Dites ce que vous voulez sur moi dans mon dos, car alors cela n'a pas d'importance'", justifie-t-elle. Une stratégie de détachement qui lui a permis de traverser sereinement les dix saisons du programme.
Elle explique au magazine américain que même son agent s fichait d'elle : "Personne ne s'intéressait à moi. Certains, dans mon agence, me surnommaient simplement 'la sixième amie'. Il n'y avait aucune vision pour moi, aucune attente sur la carrière que je pourrais avoir."
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