Alexandra Lamy brise le silence : le récit de débuts marqués par le harcèlement et le sexisme
Celle qui incarnait la pétillante Chouchou dans Un gars, une fille a décidé de faire entendre sa vérité. Derrière le sourire éclatant des années 90, la comédienne Alexandra Lamy naviguait au sein d'une industrie cinématographique rongée par une omerta destructrice. Son témoignage choc dans une interview donnée à La Provence le 1er mars s'inscrit dans le sillage de la libération de la parole qui secoue actuellement le septième art français.
Des plateaux de tournage transformés en territoires de chasse
Durant la décennie 1990, le climat sur les plateaux de tournage imposait une norme terrifiante aux jeunes comédiennes. Le harcèlement physique et verbal tenait lieu de quotidien, banalisant des comportements déplacés sous le sceau de la tradition. Les jeunes actrices endossaient le rôle de cibles vulnérables. "Dans ma génération, les mecs se servaient. J’avais l’impression d’être une proie. On avait des rôles qui consistaient juste à servir la soupe. Le mec te mettait la main aux fesses et il ne fallait rien dire" confie-t-elle à nos confrères.
L'humiliation publique face à des animateurs dominants
Cette violence ne s'arrêtait pas aux portes des studios. À 25 ans, la jeune femme subit un profond traumatisme lors d'une séquence télévisée marquante. Réduite à son seul physique par des intervieweurs tout-puissants, elle éprouve un lourd sentiment d'impuissance. L'impact psychologique de cette réification laisse des traces indélébiles. Un mutisme forcé qu'elle expliquait-elle sur le plateau d'En Aparté sur Canal+ : "À 25 ans, on n'ose rien dire parce qu'on a peur de ne plus travailler."
Dans la Provence, elle est revenue sur cette période : "J'’étais toute jeune, j’avais 25 ans. Je jouais dans une pièce de théâtre. Une femme journaliste me questionne : ‘Alors, vous, vous avez couché pour réussir ?’ Tous les hommes étaient hilares. Moi, j’étais tellement mal à l’aise."
De l'actrice silencieuse à la réalisatrice protectrice
Pour reprendre le pouvoir sur son propre récit, la star opère un virage décisif en passant derrière la caméra. Avec son téléfilm Touchées, elle explore le chemin complexe de la réparation post-traumatique. "Je ne voulais pas faire un film sur la violence, mais sur la reconstruction", précise-t-elle lors de la conférence de presse de l'œuvre.
Cette démarche agit également comme un bouclier pour la nouvelle génération, notamment pour sa fille Chloé Jouannet, qui suit ses traces. Elle souhaite lui garantir un environnement professionnel sain. "Aujourd'hui, je ne me laisse plus faire, et je veux que les jeunes actrices sachent qu'elles ont le droit de dire non", martelait-elle sur France Inter.
Un engagement ferme dans le mouvement MeToo cinéma
Désormais, Alexandra Lamy refuse la moindre complaisance envers les figures autrefois intouchables du milieu. En apportant un soutien sans faille aux autres victimes, elle participe activement à la mutation des mentalités dans le cinéma français. "Le monde change, et c’est tant mieux. Il était temps que la peur change de camp", affirmait-elle dans les colonnes du Parisien.
Mais elle déplore encore auprès du quotidien provençal que le processus est long : "On nous a dit que ce serait la priorité du quinquennat, mais pas du tout… Si ça bouge, c’est grâce aux associations, aux femmes et à certains hommes. Mais l’État aide tellement peu."
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