Agnès Jaoui : son constat sur le choc des générations dans le cinéma d'aujourd'hui

Publié par Julien Pinardi
le 23/05/2026
Agnès Jaoui
abacapress
En présentant son nouveau film "L’Objet du délit" au Festival de Cannes 2026, Agnès Jaoui a ouvert le débat sur la fracture générationnelle qui secoue le cinéma français.

Agnès Jaoui fait son grand retour sur la Croisette. Avec son nouveau long-métrage, la cinéaste aborde de front les mutations de l'industrie cinématographique depuis la vague de libération de la parole. Une démarche qui l'amène à s'exprimer publiquement sur les tensions qui traversent les plateaux de tournage.

Une mise en abyme des tensions sur la Croisette

Dans L'Objet du délit, l'intrigue se noue lors d'une répétition des Noces de Figaro de Mozart, soudainement interrompue par une allégation d'abus sexuel au sein de la troupe. Le casting illustre ce choc des époques : Daniel Auteuil incarne un chef d'orchestre terrorisé par la situation, tandis qu'Eye Haïdara porte la voix intransigeante de la nouvelle garde.

Ironie du sort, le tournage s'est déroulé au château du Marquis de Sade dans le Luberon, un décor hautement symbolique pour aborder les abus de pouvoir. "Le film est aussi sur la façon dont tout le monde réagit aux allégations d'agression en fonction de son âge, de son sexe et de sa position au sein de la production", explique la réalisatrice au magazine Screen Daily.

Le fossé entre soixante-huitards et jeunesse

Sur le terrain des valeurs, la fracture semble consommée. Agnès Jaoui dresse le constat d'une communication rompue entre les vétérans et la relève sur les lieux de création. Invitée sur le plateau de "C à Vous", elle assume la provocation en évoquant l'affrontement entre les "68-tards attardés face à la jeunesse de 2026."

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Selon la cinéaste, la montée en puissance des revendications portées par les nouveaux mouvements militants creuse irrémédiablement l'écart des mentalités. Elle décrit ainsi un véritable décalage de perception entre sa génération et celle des plus jeunes, comme elle le confie dans les colonnes du Parisien.

Le refus d'une justice expéditive

Si le soutien aux victimes demeure présent, l'actrice et réalisatrice met en garde contre la confusion des actes. Face à la caméra de l'émission 28 Minutes sur Arte, elle dénonce un manque de discernement systématique : "Désormais, on ne sait pas si c'est une main sur un genou ou un viol caractérisé. Et c'est bien sûr que c'est très différent. La peine ne doit pas être la même, et le bannissement ne doit pas être le même."

Une absence de nuance qui instaure, selon elle, un climat paralysant. "Je trouve terrifiant qu'on ait aujourd'hui peur de chaque mot prononcé, de chaque geste esquissé", ajoute-t-elle auprès de Télé 7 Jours.

La fiction rattrapée par les règles du plateau

Pour coller aux nouvelles normes de l'industrie, la production a suivi les directives récentes du Centre national du cinéma. Le tournage a ainsi bénéficié de programmes de prévention spécifiques pour prévenir les agressions sexuelles.

"Des personnes sont venues sur le plateau pour nous sensibiliser pendant des heures", raconte Agnès Jaoui à Screen Daily. L'expérience a pris une tournure très méta pour les équipes techniques et artistiques. Les débats moraux joués par les personnages se poursuivaient quotidiennement une fois les caméras éteintes.

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