Ouverture du procès de la "petite martyre de l'A10", 39 ans après les faits
Le dénouement judiciaire commence enfin pour l'un des dossiers criminels les plus marquants de France. Devant la cour d'assises, deux septuagénaires doivent répondre du calvaire infligé à leur fillette, restée sans nom pendant trois décennies. Les jurés s'apprêtent à examiner trois semaines d'audience chargées d'une intense émotion.
Un procès historique à Blois face aux responsabilités parentales
L'audience s'ouvre ce 2 novembre à 9 h 30 au palais de justice de Blois. Dans le box des accusés comparaissent la mère, Halima El Bakhti, âgée de 72 ans, et le père, Ahmed Touloub, âgé de 74 ans. La justice reproche à la mère des actes de "torture et barbarie ayant entraîné la mort" sans intention de la donner. Le père répond quant à lui de "complicité". Tous deux encourent la réclusion criminelle à perpétuité.
Sur le banc des parties civiles, plusieurs associations de protection de l'enfance réclament justice, notamment Enfance et Partage. À quelques kilomètres du tribunal, la commune de Suèvres, où repose le corps, reste profondément marquée par ce drame. Raphaël Pilleboue, ancien maire de la localité, rappelait auprès de l'AFP les premiers instants de l'enquête : "Quand les gendarmes ont appelé, on pensait que l'affaire serait résolue en quelques jours."
De l'impasse d'un cold case au basculement génétique de 2018
Le drame commence le 11 août 1987. Ce jour-là, des agents découvrent dans un fossé de l'autoroute A10 le cadavre d'une enfant de 4 ans, atrocement mutilée. Les médecins constatent des brûlures au fer à repasser, des morsures humaines et de multiples fractures. Aucune disparition ne correspond au profil. L'ancien édile soulignait pour l'AFP : "Puis nous avons découvert les sévices qu'avait subis cette enfant (...) Toute l'émotion est née de cette barbarie."
Pendant trente ans, les enquêteurs se heurtent à un mur malgré un appel à témoins exceptionnel. Le visage reconstitué de la victime est placardé dans 65 000 écoles et 30 000 mairies, puis diffusé dans plus de 30 pays. Les juges d'instruction rendent des non-lieux successifs, mais les magistrats refusent de clore définitivement le dossier pour empêcher la prescription criminelle.
La génétique débloque l'affaire en 2018. L'interpellation fortuite d'un frère d'Inass lors d'une rixe permet d'identifier l'ADN de parentèle. Les traces prélevées sur les vêtements de la victime correspondent. Les enquêteurs brisent enfin l'omerta familiale et arrêtent le couple Touloub, qui a dissimulé la mort de la fillette sans éveiller les soupçons administratifs.
Le procès programmé jusqu'au 18 novembre 2026 doit éclaircir les raisons du rejet ciblé d'Inass au sein de la fratrie et confronter les versions des deux parents, qui s'accusent mutuellement. Habitante de Suèvres veillant sur la sépulture, Annick Denis confiait à nos confrères : "Il a fallu trente ans pour apprendre qui elle était. On a tous créé un lien très particulier avec cette histoire et avec la petite (...) Encore aujourd'hui, cela me perturbe. Tout cela dépasse l'entendement."
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