Nos montres vont reculer d'une seconde : une "réforme du temps" à 300 milliards ?
Les métrologues et les diplomates du monde entier ont désormais les yeux rivés sur les horloges atomiques de haute précision. Alors que notre planète accélère sa course de manière imprévue, la gestion de la seconde exacte bouscule les certitudes scientifiques et déclenche d'âpres négociations internationales dans les couloirs du pouvoir rapporte BFMTV.
Versailles engage la révision du temps universel
Du 13 au 15 octobre 2026, le Palais des Congrès de Versailles accueille la 28e Conférence générale des poids et mesures (CGPM), sous la présidence de la physicienne et académicienne Françoise Combes. Cet événement rassemble les représentants de dizaines d'États sous l'égide du Bureau international des poids et mesures (BIPM) dans le but de sceller le sort de la synchronisation horaire mondiale.
La communauté scientifique a décidé d'accélérer nettement son calendrier. Alors que la CGPM avait acté en 2022 la suppression définitive de la seconde intercalaire pour 2035, une nouvelle résolution diplomatique propose d'avancer cette échéance au 20 mai 2027, une date symbolique coïncidant avec la Journée mondiale de la métrologie.
Pour remplacer ces micro-ajustements devenus trop instables, le projet prévoit d'élargir la tolérance admise entre le temps astronomique (UT1), dicté par la rotation physique du globe, et le temps universel coordonné (UTC), calculé par les horloges atomiques. Les deux échelles de mesure pourront ainsi diverger jusqu'à une heure entière avant qu'un recalage, baptisé "heure intercalaire", ne devienne nécessaire. Comme le soulignait Patrizia Tavella, directrice du département du temps au BIPM, la priorité consiste à garantir "un écoulement continu des secondes sans les discontinuités actuellement causées par les secondes intercalaires irrégulières."
Accélération de la Terre, péril numérique et veto de Moscou
Ce revirement drastique répond à un phénomène géophysique déroutant. Après des millénaires d'un ralentissement continu imputable aux forces de marée de la Lune, la Terre tourne plus vite sur son axe depuis 2020. D'après les spécialistes, des dynamiques internes au noyau terrestre ainsi que des redistributions complexes de masses glaciaires et océaniques accélèrent cette rotation. Cette situation inédite rend plausible le recours imminent à une "seconde intercalaire négative", un scénario que les scientifiques n'avaient jamais envisagé d'appliquer.
Or, retrancher une seconde fait planer la menace d'un désastre numérique. Depuis la mise en place de la norme en 1972, les métrologues ont déjà ajouté 27 secondes intercalaires, mais ils n'en ont jamais supprimé. Aucun système d'exploitation critique n'a été conçu pour faire reculer ou sauter une seconde sans provoquer d'interruption. Une désynchronisation brutale menacerait instantanément les transactions financières à haute fréquence, les réseaux électriques interconnectés, les télécommunications et les centres de données. Les analystes évaluent les pertes potentielles d'un tel incident à 300 milliards de dollars.
Cette transition heurte enfin un verrou géopolitique majeur érigé par la Russie. Si le GPS américain et le système européen Galileo absorbent sans difficulté une échelle temporelle continue, la constellation satellitaire russe GLONASS intègre directement la seconde intercalaire dans son architecture civile et militaire. Redoutant des dysfonctionnements sur ses lanceurs spatiaux et ses missiles guidés, Moscou rejette ce calendrier resserré et réclame un report des opérations jusqu'en 2040.
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