Moscou s'en prend au Rassemblement National : "un parti russophobe"
Les relations entre Moscou et le Rassemblement National connaissent un coup de froid sans précédent. L'étincelle est partie d'un différend économique touchant les intérêts français en Russie, avant de dégénérer en affrontement politique ouvert. Cette passe d'armes publique rebat les cartes de la diplomatie partisane hexagonale.
L'affrontement verbal : Dmitri Medvedev cible directement Marine Le Pen et Jordan Bardella
Le conflit a éclaté après la publication d'un communiqué commun signé par Marine Le Pen et Jordan Bardella. Les deux dirigeants du parti y dénonçaient fermement la mise sous tutelle des actifs russes du groupe de distribution français Auchan. Pour l'état-major du mouvement, cette décision de Moscou constitue une série d'"actes hostiles" envers les intérêts économiques français, ajoutant que la Russie ne peut pas "espérer dicter directement ou indirectement la politique" de Paris "par l'intimidation, la menace, la déstabilisation ou la pression psychologique."
La réaction du pouvoir russe ne s'est pas fait attendre. Sur le réseau social X, l'ancien président russe Dmitri Medvedev, aujourd'hui secrétaire adjoint du Conseil de sécurité, a vivement fustigé la position de la formation politique. L'ancien dirigeant a affirmé : "Apparemment, le parti de Le Pen est maintenant un parti européen ordinaire : russophobie et soutien aux nazis à Kiev."
Répondant aux protestations françaises, il a ajouté : "Le Pen a qualifié la prise de contrôle des actifs d'Auchan par la Russie 'd'actes hostiles'. Des milliers de sanctions contre des Russes en France, plus des missiles pour les dégénérés de Kiev : est-ce que c'était amical ?"
En parallèle de cette diatribe agressive, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a adopté une posture plus institutionnelle lors d'un point presse téléphonique rapporté par l'AFP. Rejetant les accusations de chantage ou d'intimidation brandies par le mouvement français, le représentant officiel a déclaré : "La Russie ne menace personne, ne fait de chantage à personne. Et nous sommes donc catégoriquement en désaccord avec de telles déclarations, nous ne les acceptons pas."
Le décryptage : normalisation du RN et recomposition des rapports entre Paris et Moscou
Cet affrontement consacre une rupture visible avec l'héritage politique du parti. Longtemps réputé proche du pouvoir russe, le mouvement avait souscrit un prêt de 9,4 millions d'euros en 2014 auprès de la banque First Czech-Russian Bank, une dette totalement soldée en 2023. Les déclarations passées de Marine Le Pen favorables au rattachement de la Crimée avaient également ancré l'image d'une complicité doctrinale avec le régime russe.
La stratégie poursuivie par Jordan Bardella et Marine Le Pen vise désormais à bâtir une crédibilité présidentielle irréprochable. En affichant une fermeté revendiquée face aux ingérences étrangères, les deux leaders cherchent à incarner une stature gaulliste protectrice des intérêts nationaux. Cette démarche entend dissiper les soupçons persistants d'alignement sur les intérêts stratégiques du Kremlin à l'approche des prochaines échéances électorales.
Cette riposte frontale permet au parti de désamorcer les critiques récurrentes de la majorité présidentielle et de la gauche, qui l'accusaient régulièrement d'allégeance envers Moscou. Cet échange tendu pourrait peser sur les futurs débats parlementaires à l'Assemblée nationale concernant l'aide financière et l'envoi d'armements à l'Ukraine, en démontrant que le dialogue privilégié entre le mouvement et la Russie appartient désormais au passé.
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