La folle proposition d'Éric Zemmour pour remplacer les travailleurs immigrés : délire ou réalité ?

Publié par Matthieu Chauvin
le 28/09/2026
Eric Zemmour
abacapress
© Blondet Eliot/ABACA
Le candidat de Reconquête Éric Zemmour propose de remplacer les salariés étrangers par des automates et de l'intelligence artificielle dans les Ehpad pour réduire l'immigration.

Candidat déclaré à l'élection présidentielle de 2027 depuis le 17 septembre 2026, Éric Zemmour a une idée folle en tête pour mettre fin à l'immigration de travail. Invité sur BFMTV, le président de Reconquête entend mobiliser les nouvelles technologies pour entamer sa révolution. Son projet repose sur une substitution inédite de la main-d'œuvre étrangère par des automates. Nous reprenons ici l'analyse de nos confrères de RMC.

Éric Zemmour veut robotiser les secteurs sous tension pour stopper l'immigration

L'ancien polémiste cible en priorité les métiers manuels et non qualifiés, à commencer par le secteur médico-social. Les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) et les structures d'aide à domicile font face à des dizaines de milliers de postes vacants d'aides-soignants et d'infirmiers. Ce secteur repose actuellement sur un vivier indispensable de salariés d'origine étrangère. D'après les chiffres de la Drees, près d'un quart des aides à domicile et des auxiliaires de vie exerçant en Île-de-France sont nées hors des frontières françaises.

Pour répondre à ces tensions d'embauche sans recourir à la régularisation ni à de nouveaux titres de séjour, le candidat affirme que la France doit calquer sa stratégie sur celle de l'Asie orientale. Sur le plateau de BFMTV, Éric Zemmour a vanté les choix du Japon et de la Chine, deux pays présentés comme des précurseurs capables d'affronter l'hiver démographique grâce aux machines. Ce raisonnement érige l'intelligence artificielle et la robotique en substitut direct des flux migratoires, supposant qu'un bond technologique suffira à délester le pays de sa main-d'œuvre immigrée.

Coûts, manque d'humanité et dépendance étrangère contrarient le scénario

Cette perspective se heurte en premier lieu à la réalité budgétaire des structures d'accueil. Les maisons de retraite françaises connaissent des déficits récurrents qui rendent inaccessible l'acquisition d'automates d'assistance dont le prix unitaire atteint des dizaines de milliers d'euros. Sur le plan pratique, l'accompagnement des personnes vulnérables exige des compétences relationnelles uniques. Les gestes de soin, la toilette quotidienne, la préhension délicate et le réconfort moral nécessitent une empathie et une dextérité fine qu'aucun robot d'assistance actuel ne sait reproduire.

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L'exemple japonais brandi en modèle contredit lui-même les affirmations du candidat de Reconquête. Bien que l'archipel expérimente activement des robots de portage et des animaux de compagnie interactifs depuis des années, les machines n'ont pas empêché la pénurie de personnel. Face à l'urgence, le Parlement nippon a instauré le visa spécifique Specified Skilled Worker pour faire venir des dizaines de milliers de soignants originaires d'Asie du Sud-Est dans ses structures gériatriques. La robotique n'a servi que de complément d'assistance physique sans jamais éliminer le besoin de personnel humain.

Un tel virage poserait enfin un risque pour la souveraineté française. Faute d'une filière industrielle nationale spécialisée dans la robotique de service à la personne, l'Hexagone devrait importer massivement ces technologies des États-Unis, de Chine ou du Japon. Le remplacement des soignants étrangers créerait ainsi une lourde dépendance commerciale et technologique envers des constructeurs internationaux, sans régler la question du tarif de l'hébergement pour les familles des résidents.

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