Pourquoi n’arrive-t-on pas à éradiquer l’Etat islamique ?
Loin de voir sa puissance affaiblie, le groupe terroriste semble essaimer dans de nombreux pays à l’image de la Libye, nouveau terrain de jeu des djihadistes.

© La semaine dernière, au terme d’un marathon diplomatique, François Hollande a dû se rendre à l’évidence : une coalition internationale contre l’Etat islamique est une gageure.

Il faut dire que les tensions entre pays susceptibles de former cette coalition n’ont pas été mises en sommeil devant la menace que représente pourtant l’Etat islamique (EI). D’un côté, on imagine mal un commandement unique entre Russes et Américains alors que les deux pays sont en froid et ont des objectifs différents sur le sort de la Syrie, de l’autre, l’incident survenu entre la Turquie et un avion russe abattu par cette dernière a montré les limites d’une large coalition.

Pendant ce temps, l’EI s’installe en Libye…

Des divergences au sein d’une coalition internationale en construction qui profitent… à l’Etat islamique. L’organisation terroriste, bien qu’affaiblie par les bombardements des Russes, Américains et Français, se prépare à investir la Libye, instable depuis la chute du colonel Khadafi en 2011. Selon le New York Times (article payant), les djihadistes voudraient faire de la Libye leur nouveau QG alors que Raqqa en Syrie, la capitale de l’EI, est en passe d’être perdue. Selon un expert cité par le NYT, l’organisation terroriste contrôle déjà plus de 240 km de côtes libyennes. D’après une milice libyenne, l’EI a déjà commencé à imposer sa loi : la musique et le tabac sont interdits, le voile imposé, et des crucifixions ont eu lieu en août.

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Plus inquiétant peut-être, l’essaimage de l’Etat islamique à travers le monde arabe où des cellules djihadistes affiliées à l’organisation terroriste sont de plus en plus vindicatives, en Arabie saoudite, au Koweït, au Yémen, en Egypte, et de manière latente dans les pays du Maghreb. Au Nigéria, Boko Haram, la secte islamiste qui a prêté allégeance à l’EI, continue de tuer chaque jour des villageois, surtout dans le nord du pays, le long de ses frontières avec le Niger.

… et s’adapte à la guerre qui lui est menée en Syrie et en Irak

Au cœur du conflit, en Syrie et en Irak, l’Etat islamique tente de s’adapter aux bombardements des occidentaux. Ainsi a été découvert un impressionnant réseau de tunnels sous la ville irakienne de Sinjar, récemment reprise par les combattants kurdes aux djihadistes. Sur les images filmées fin novembre par une équipe de TF1, on peut voir que les tunnels, creusés au marteau-piqueur, sont larges (on peut tenir debout) et pourvus d’un réseau électrique et de ventilateurs pour pouvoir respirer de longues heures à l’intérieur.

Par ailleurs, les bombardements massifs n’ont pas beaucoup dérangé la communication de l’Etat islamique qui a pu imprimer le septième numéro de son magazine "Dar al Islam" (en français), consacré aux attentats de Paris.

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Une intervention au sol est-elle souhaitable ?

De l’avis de plusieurs experts, tel Antoine Basbous, président de l’Observatoire des pays arabes, l’organisation terroriste ne pourra pas être éradiquée sans une intervention armée au sol. Mais, sans doute échaudés par les exemples d’interventions au Vietnam, en Afghanistan ou encore en Irak, les puissances occidentales préfèrent s’appuyer sur les combattants kurdes qu’elles forment sur place.

Une stratégie militaire que ne partage pas François Burgat, politologue et spécialiste du monde arabe, et que Planet.fr a contacté. "C’est une erreur militaire que d’entrer militairement dans la crise syrienne en ne nous en prenant qu’à Daech", argue le chercheur pour qui la seule solution préalable à la fin de Daech passe d’abord par la fin du régime syrien. « Seule la population syrienne, libérée du régime de Bachar el-Assad, est en mesure de changer le rapport de force au sol et à terme de vaincre Daech. ", précise-t-il.

Par ailleurs, François Burgat estime que "le pire ennemi de Daech n’est autre que Daech" et que le meilleur moyen de l’affaiblir est de ne pas lui assurer un "soutien symbolique" en cessant de considérer l’organisation terroriste comme l’ennemi mondial numéro un.

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