Gilets jaunes : vers une nouvelle mobilisation nationale en octobre, le chaos annoncé ?
Le spectre de l'automne 2018 ressurgit dans les stations-service françaises avec une acuité redoutable. Étranglés par des tarifs records, de nombreux automobilistes partagent leur exaspération à l'approche des congés scolaires. Ce mécontentement populaire prend désormais la forme d'un appel diffus à bloquer le pays.
La grogne des carburants s'organise des réseaux sociaux jusqu'aux ronds-points
Depuis le début du mois de septembre, les vidéos et messages anonymes inondent TikTok, Facebook, X et Instagram pour fixer une journée d'action nationale le samedi 17 octobre 2026. La raison de cette effervescence tient à l'envolée des prix affichés sur les totems des stations. Le litre de gazole atteint désormais une moyenne de 2,30 euros, tandis que le SP95-E10 franchit la barre des 2,10 euros. En novembre 2018, lors de l'Acte I de la contestation, le gazole coûtait 1,45 euros, soit une hausse de près de 60 % subie par les ménages.
Cette colère numérique s'est déjà matérialisée sur le bitume. Le 16 septembre 2026, des manifestants ont organisé un rassemblement précurseur au rond-point de l'Estaque, à Marseille, qualifié de répétition générale. Interrogé au micro de Maritima Médias, un participant résumait l'amertume générale : "On s'est aperçus au fil du temps que c'est pire qu'avant. Le peuple, vraiment, ne s'en sort plus."
Pour l'instant, aucune déclaration préalable n'a été déposée en préfecture, en infraction directe avec l'article L. 211-1 du Code de la sécurité intérieure. Ce vide administratif entretient un flou complet sur les modes d'action à venir, qu'il s'agisse d'opérations escargot, de blocages d'axes routiers ou de barrières de péage levées.
Entre récupération politique et craintes de violences, un automne sous haute tension
Cette perspective de soulèvement agite l'ensemble de l'échiquier partisan. À gauche, plusieurs ténors encouragent ouvertement la contestation. Le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, a prévenu le 11 septembre 2026 sur France 2 : "Si le gouvernement n'agit pas dans les jours qui viennent, j'appelle les Français à se mobiliser comme nous avons su le faire en 2018 avec les gilets jaunes (...) sur les ronds-points, devant les sous-préfectures, devant les préfectures, devant tous les lieux de pouvoir, devant l'Élysée, devant Matignon."
Une ligne revendiquée également par Mathilde Panot pour La France insoumise et Marine Tondelier chez Les Écologistes. À l'opposé, les réserves marquées de Sarah Knafo (Reconquête) traduisent l'embarras d'une partie de la droite face à une grogne impossible à canaliser.
L'inquiétude gagne les cercles du pouvoir. Sur RTL, l'ancien président François Hollande a rappelé qu'une résurgence demeure "toujours un risque", tandis que François Bayrou a qualifié ce scénario de "possible" sur LCI. De leur côté, les organisations syndicales restent en retrait, préférant défendre leurs propres journées d'action institutionnelles dans la fonction publique.
Les figures de 2018 invitent également à la prudence. Un ancien meneur comme Jérôme Rodrigues alerte sur la spontanéité trompeuse des réseaux sociaux, le manque d'ancrage local et le danger d'une flambée de violences policières ou urbaines. Le 17 novembre 2018, la première journée de mobilisation avait réuni 287 700 personnes selon les chiffres officiels du ministère de l'Intérieur. Programmé le jour des départs en vacances de la Toussaint, ce rassemblement fait peser une menace directe sur les grands axes autoroutiers et l'approvisionnement des cuves.
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