19 septembre : le jour où Paris fut assiégé par les Prussiens… et où un mouton nommé Montauciel s'envola devant le Roi

Photo historique de Paris assiégé par les Prussiens en 1870.
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En ce jour singulier de la sainte Émilie du 19 septembre, l'angoisse d'une capitale prise en étau par l'armée prussienne dialogue avec l'embrasement d'une cathédrale millénaire et la libération tant attendue du capitaine Dreyfus. Pourtant, bien avant ces tempêtes géopolitiques et la naissance d'un curieux sourire typographique, c'est un bélier téméraire qui défiait la gravité sous les yeux ébahis de la cour royale.

19 septembre 1783 : Montauciel, le bélier pionnier de la conquête des airs

Vol de la montgolfière des frères Montgolfier à Versailles en 1783.
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Le 19 septembre 1783, une marée de plus de 100 000 spectateurs retient son souffle dans la cour d'honneur du château de Versailles. Au balcon, le roi Louis XVI et la reine Marie-Antoinette assistent aux ultimes préparatifs des frères Joseph et Étienne de Montgolfier. Leur immense ballon de taffetas peint de bleu et d'or s'apprête à braver les cieux, mais une question cruciale taraude les savants de l'époque : les créatures vivantes peuvent-elles survivre à l'air raréfié de la haute altitude ? Si le monarque songeait initialement à y embarquer deux criminels condamnés au gibet, les scientifiques préfèrent finalement s'en remettre à une Arche de Noé miniature composée d'un canard habitué aux hauteurs, d'un coq cloué au plancher des vaches et d'un mouton dont le système respiratoire est jugé très proche de celui de l'homme. Pour l'occasion, le bélier est baptisé d'un nom prédestiné : Montauciel.

Sous les hourras de la foule, le ballon s'élève majestueusement jusqu'à près de 500 mètres de haut avant de dériver sur plus de trois kilomètres. Huit minutes plus tard, l'aéronef atterrit en douceur dans le bois de Vaucresson. Lorsque les commissaires accourent sur place, les trois passagers sont sains et saufs, même si le coq boite légèrement. L'altitude aurait-elle provoqué une infirmité soudaine ? Pas le moins du monde : des témoins rapportent rapidement que Montauciel, un brin nerveux dans la nacelle d'osier avant le largage des amarres, lui avait tout simplement marché sur la patte ! Émerveillé par la réussite de ce premier vol habité de l'histoire moderne, Louis XVI accordera à ce bélier astronaute une retraite dorée au sein de la ménagerie royale du domaine de Versailles, où Montauciel coulera des jours paisibles aux frais de la Couronne.

19 septembre 1870 : Le piège prussien se referme sur la capitale

Au lendemain du désastre militaire de Sedan et de la capture humiliante de Napoléon III, la jeune Troisième République refuse de capituler, mais le rouleau compresseur ennemi continue sa marche inexorable vers le cœur du pays. Le 19 septembre 1870, au terme d'une retraite confuse lors des combats de Châtillon, les armées de la coalition allemande menées par le chancelier Otto von Bismarck et le général von Moltke scellent hermétiquement les voies d'accès à Paris. La Ville Lumière se mue brutalement en une forteresse coupée de tout, inaugurant l'un des sièges les plus éprouvants de l'histoire moderne.

Durant plus de quatre mois d'un hiver d'une rudesse exceptionnelle, deux millions de Parisiens subissent le froid glacial, les pilonnages d'artillerie et une terrible disette. Privés de ravitaillement, les habitants voient les étals des bouchers se garnir de viande de cheval, puis de rats, avant que les pensionnaires du Jardin des Plantes, dont les célèbres éléphants Castor et Pollux, ne soient abattus pour nourrir les assiégés. Pour briser l'encerclement, les Parisiens font preuve d'une ingéniosité folle en recourant aux pigeons voyageurs et aux ballons montés, qui permettent notamment à Léon Gambetta de s'envoler pour organiser la résistance en province.

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Ce traumatisme collectif, conclu par l'armistice douloureux de janvier 1871 et la parade triomphale des vainqueurs sur les Champs-Élysées, laissera un sentiment d'abandon et une colère sourde au sein de la population. Ce terreau insurrectionnel embrasera la capitale quelques semaines plus tard avec le soulèvement de la Commune de Paris. Alors que la nation tente laborieusement de panser ses plaies militaires, les décennies suivantes voient l'honneur de l'armée se heurter à un scandale judiciaire sans précédent.

19 septembre 1899 : La grâce présidentielle met fin au calvaire d'Alfred Dreyfus

Portrait en noir et blanc du capitaine Alfred Dreyfus en uniforme militaire.
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Dix jours après l'invraisemblable verdict du second procès de Rennes — où le Conseil de guerre a réaffirmé la culpabilité d'Alfred Dreyfus pour haute trahison tout en lui accordant, dans un paradoxe juridique total, des "circonstances atténuantes" —, la République française vacille sous le poids des divisions. Alors que le pays se déchire violemment entre dreyfusards et antidreyfusards sur fond d'antisémitisme féroce, le gouvernement de Pierre Waldeck-Rousseau cherche désespérément une porte de sortie pour apaiser les esprits avant l'Exposition universelle de 1900. Le 19 septembre 1899, le président de la République Émile Loubet signe le décret historique accordant la grâce présidentielle au capitaine déchu.

Rongé par les fièvres et brisé par près de cinq années d'un isolement inhumain dans l'enfer de l'île du Diable, Dreyfus accepte ce geste de clémence pour recouvrer la liberté, non sans faire publier une déclaration poignante où il réaffirme que la grâce n'est pas la justice. Si cette mesure politique met un terme à son calvaire physique, elle laisse l'injustice intacte : il faudra attendre juillet 1906 pour que la Cour de cassation annule définitivement le jugement de Rennes et réhabilite pleinement l'officier dans tous ses droits et grades.

Ce dénouement marque une étape fondatrice dans l'histoire de la démocratie française, consacrant le triomphe de la vérité et de l'engagement des intellectuels emmenés par Émile Zola. Mais les rancœurs nationalistes et les tensions impériales héritées de cette époque finissent par plonger le monde dans les ténèbres de la Grande Guerre, frappant cette fois-ci l'un des plus illustres sanctuaires du pays.

19 septembre 1914 : Les flammes de la guerre dévorent la cathédrale de Reims

Cathédrale Notre-Dame de Reims en flammes en septembre 1914.
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Au début de la Première Guerre mondiale, au lendemain de la bataille de la Marne, l'armée impériale allemande recule mais s'installe solidement sur les hauteurs environnantes de Reims. Le 19 septembre 1914, vers 15 heures, les batteries d'artillerie lourde pilonnent sans relâche le centre-ville. Un obus incendiaire vient percuter de plein fouet les échafaudages en bois adossés à la tour nord de la cathédrale Notre-Dame, haut lieu du couronnement des rois de France depuis des siècles. En quelques minutes, le brasier prend des proportions titanesques et gagne la charpente médiévale du XVe siècle, surnommée "la forêt".

Le spectacle est d'une horreur fascinante : la chaleur devient si intense que près de 400 tonnes de plomb recouvrant le toit entrent en fusion complète, s'écoulant en torrents incandescents par la gueule des gargouilles béantes. Les pierres éclatent, les vitraux ancestraux volent en éclats et la statuaire subit des mutilations irréparables, à l'image du célèbre Ange au Sourire décapité par les débris. L'embrasement de ce chef-d'œuvre de l'art gothique suscite une onde de choc planétaire et nourrit une intense propagande alliée contre la "barbarie teutonne", transformant l'édifice en une "cathédrale martyre" devenue le symbole absolu de la résilience du patrimoine national.

Face aux dévastations répétées qui réduisent le continent européen en cendres au fil des deux guerres mondiales, des esprits visionnaires comprennent que seule une réconciliation audacieuse permettra de briser définitivement ce cycle infernal.

19 septembre 1946 : Winston Churchill esquisse les "États-Unis d'Europe"

Dans une Europe encore exsangue, traumatisée par les horreurs des camps et les villes rasées de la Seconde Guerre mondiale, un homme s'avance à la tribune de l'université de Zurich le 19 septembre 1946. Bien qu'écarté du pouvoir au Royaume-Uni par les élections de l'été 1945, l'ancien Premier ministre britannique Winston Churchill jouit d'une stature internationale immense. Devant un parterre d'universitaires et d'hommes politiques, il prononce un discours visionnaire qui va poser les fondations intellectuelles du continent moderne : il appelle solennellement à recréer la famille européenne et à bâtir "sorte d'États-Unis d'Europe".

Pour rendre ce rêve possible et conjurer à jamais les spectres de la destruction mutuelle, Churchill ose formuler une proposition impensable pour beaucoup au sortir des hostilités : la première étape indispensable doit être la réconciliation sincère et un partenariat étroit entre la France et l'Allemagne. Bien qu'il envisage alors la Grande-Bretagne et son Commonwealth comme des parrains bienveillants plutôt que comme des membres à part entière de cette union, sa formule percutante fait l'effet d'un électrochoc diplomatique.

Cette impulsion décisive accélère la convocation du congrès de La Haye en 1948, la naissance du Conseil de l'Europe en 1949, et inspire directement la déclaration de Robert Schuman en 1950 fondant la Communauté européenne du charbon et de l'acier. Tandis que les nations réapprennent à dialoguer par-delà les frontières, une tout autre révolution de la communication, silencieuse et technologique, s'apprête des décennies plus tard à désamorcer les malentendus du quotidien.

19 septembre 1982 : La naissance du premier smiley informatique

Écran cathodique vintage affichant le symbole :-) en vert monochrome.
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Le 19 septembre 1982 à 11 h 44 très précises, sur le réseau informatique balbutiant de l'université Carnegie Mellon à Pittsburgh, un informaticien nommé Scott Fahlman tape un message qui va changer l'histoire de la communication moderne. À cette époque pionnière, les enseignants et les chercheurs échangent sur des forums textuels internes appelés bulletin board systems. Mais dépourvus du ton de la voix et des expressions faciales, ces canaux textuels bruts mènent régulièrement à de vives altercations : une simple plaisanterie sarcastique ou une remarque ironique est souvent interprétée au premier degré par les collègues, déclenchant des guerres d'ego stériles.

Pour désamorcer ces quiproquos numériques, Fahlman a une idée d'une simplicité désarmante. Il soumet à ses pairs une convention typographique originale : "Je propose la suite de caractères suivante pour marquer les plaisanteries : :-) Lisez-le de côté. Compte tenu des tendances actuelles, il est probablement plus économique de marquer les choses qui ne sont PAS des blagues. Pour cela, utilisez :-(."

Ce petit visage souriant composé de deux-points, d'un trait d'union et d'une parenthèse se diffuse instantanément sur les autres campus américains, avant d'essaimer sur la planète entière avec l'avènement d'Internet, des courriels et des premiers téléphones portables. Quatre décennies plus tard, cette trouvaille spontanée est devenue l'ancêtre direct des milliers d'émojis utilisés chaque jour par des milliards d'êtres humains pour humaniser leurs échanges par écran interposé.

19 septembre : Sainte Émilie

Née en 1787 près de Rodez, dans l'Aveyron, Émilie de Rodat grandit dans une famille profondément chrétienne marquée par les bouleversements de la Révolution française. Très jeune, elle ressent l'appel à la vie religieuse mais peine à trouver sa place, après plusieurs essais infructueux dans différentes communautés. C'est au cours de l'année 1815, en entendant des mères de famille regretter l'absence d'écoles gratuites pour leurs enfants, qu'elle discerne enfin sa véritable vocation.

Elle décide alors d'ouvrir une classe gratuite pour les fillettes pauvres directement dans sa chambre, à Villefranche-de-Rouergue. Face à l'afflux des élèves et aux besoins grandissants, elle fonde en 1816 la Congrégation de la Sainte-Famille, destinée à l'instruction des plus démunis, au soin des malades à domicile et à la visite des prisonniers. Malgré de lourdes épreuves de santé et une longue période de doutes intérieurs qu'elle traverse avec une foi inébranlable, Émilie consacre toute son énergie aux personnes abandonnées. Elle s'éteint le 19 septembre 1852 et sera canonisée par le pape Pie XII en 1950.

Les saints du jour

Outre sainte Émilie de Rodat, l'Église fête le 19 septembre plusieurs autres figures saintes :

  • Saint Janvier (San Gennaro) : évêque de Bénévent et martyr sous la persécution de Dioclétien au début du IVe siècle, saint patron emblématique de la ville de Naples.
  • Saint Théodore de Tarse : moine d'origine grecque devenu archevêque de Cantorbéry au VIIe siècle, reconnu pour son rôle majeur dans l'organisation de l'Église d'Angleterre.
  • Saint Goëric (ou Goëry) : évêque de Metz au VIIe siècle et successeur de saint Arnoul.
  • Saint Seine (ou Sequanus) : prêtre et ermite du VIe siècle, fondateur d'une abbaye en Bourgogne qui porte son nom.
  • Sainte Pompose : moniale et martyre chrétienne décapitée à Cordoue au IXe siècle sous l'émirat musulman.

Les célébrités portant ce prénom

  • Émilie du Châtelet (1706-1749) : femme de lettres, mathématicienne et physicienne française des Lumières, renommée pour sa traduction et son commentaire des travaux d'Isaac Newton.
  • Émilie Dequenne (1981-2025) : actrice belge récompensée par le Prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes pour son tout premier rôle dans le film Rosetta.
  • Émilie Simon (née en 1978) : auteure-compositrice-interprète française, spécialiste de la musique électronique et récompensée par plusieurs Victoires de la Musique.
  • Émilie Andéol (née en 1987) : judokate française, sacrée championne olympique dans la catégorie des plus de 78 kg aux Jeux de Rio en 2016.
  • Émilie Loit (née en 1979) : ancienne joueuse de tennis professionnelle française, vainqueure de nombreux titres en double et membre de l'équipe de France victorieuse de la Fed Cup en 2003.
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