Michael Jackson : pourquoi le film qui retrace sa vie élude tous ses ennuis judiciaires ?

Publié par Julien Pinardi
le 27/04/2026
Michael Jackson
Autre
Sorti en France en avril 2026, le biopic "Michael" signe un démarrage historique au box-office, mais se retrouve au cœur d'une vive controverse pour avoir gommé les accusations de pédocriminalité visant le chanteur.

Réalisé par Antoine Fuqua (Training Day, Equalizer...), le long-métrage "Michael" retrace la carrière du Roi de la Pop. Si l'engouement du public se traduit par des recettes importantes dès les premiers jours d'exploitation, le traitement de la face sombre de la star divise profondément l'opinion et la presse spécialisée, comme le relève Le Parisien.

Un triomphe commercial porté par Jaafar Jackson

Le film enregistre un démarrage record de 97 millions de dollars sur le sol américain (la manière locale de comptabiliser les entrées en salles). Une performance portée par Jaafar Jackson, dont le mimétisme avec son oncle a convaincu les spectateurs. Avant la sortie, le réalisateur promettait pourtant une œuvre transparente : "He was a great artist. He was human. We're gonna show the good, bad and the ugly" ("Il était un grand artiste. Il était humain. Nous allons montrer le bon, le mauvais et le laid"), assurait-il lors d'une interview à Good Morning America. Aujourd'hui, un écart net sépare le public, qui accorde au film un score de 97 % sur Rotten Tomatoes en avril 2026, des critiques professionnels, plafonnant à 38 %.

Une vie expurgée de ses scandales judiciaires

Ce décalage provient d'un récit volontairement tronqué. Le scénario s'arrête à la fin des années 1980, juste avant les premières accusations publiques de 1993. Les noms de Jordan Chandler, Gavin Arvizo, Wade Robson ou James Safechuck n'y figurent pas (tous accusent la star de viols et agressions sexuelles alors qu'ils était âgés de 10 à 13 ans). 

Une impasse inacceptable pour Dan Reed, réalisateur du documentaire Leaving Neverland : "How can you tell an authentic story about Michael Jackson without ever mentioning the fact that he was seriously accused of being a child molester ?" ("Comment raconter une histoire authentique sur Michael Jackson sans jamais mentionner qu'il a été gravement accusé d'être un pédophile ?"), s'indigne-t-il dans le Hollywood Reporter. La chaîne CBC News fustige un portrait lisse, réduisant l'icône à un "saint de carton".

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Coulisses d'un montage sous tension juridique

Cette omission résulte des directives de l'Estate, les exécuteurs testamentaires du chanteur, coproducteurs de l'œuvre. Selon Variety, un accord confidentiel signé par la star de son vivant interdit toute représentation de Jordan Chandler (dont les parents avaient accepté 22 millions de dollars pour retirer leur plainte) dans un projet commercial. Pour respecter ces clauses, la production a investi environ 15 millions de dollars en reshoots tardifs. Ces coupes ont sacrifié une reconstitution poignante d'une perquisition à Neverland. Antoine Fuqua s'est justifié auprès du New Yorker : "I shot him being stripped naked, treated like an animal, a monster" ("Je l'ai filmé déshabillé, traité comme un animal, un monstre").

La guerre des récits face aux accusations de profit

Pour défendre sa vision, le cinéaste pointe un biais racial et financier dans les plaintes visant l'artiste. "Sometimes people do some nasty things for some money" ("Parfois, les gens font des choses affreuses pour de l'argent"), déclare-t-il au New Yorker. Cette affirmation a provoqué la riposte immédiate de Dan Reed dans le Hollywood Reporter : "For Antoine Fuqua to accuse people of gold digging is kind of ironic. It seems to me all the people involved in this movie are just making bank" ("Qu'Antoine Fuqua accuse les gens de chercher à s faire de l'argent est assez ironique. Il me semble que toutes les personnes impliquées dans ce film s'en mettent plein les poches"). Cette bataille médiatique questionne désormais l'avenir de la marque Jackson auprès des nouvelles générations.

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