Iran : ces installations nucléaires cachées dans la montagne qui inquiètent les experts
Fordow, le site nucléaire caché sous la montagne
Depuis plusieurs années, le programme nucléaire iranien alimente les tensions internationales. Mais au-delà de la question de l’enrichissement de l’uranium, c’est surtout l’emplacement de certaines installations qui inquiète les experts.
L’une d’elles se distingue particulièrement : le site nucléaire de Fordow, situé près de la ville de Qom, à environ 150 kilomètres au sud de Téhéran.
Contrairement à d’autres installations, ce complexe a été construit directement dans une montagne. Les installations sont enfouies sous des dizaines de mètres de roche, ce qui les rend extrêmement difficiles à atteindre en cas d’attaque militaire.
Ce site abrite plusieurs milliers de centrifugeuses utilisées pour enrichir l’uranium, une étape essentielle du programme nucléaire.
Pourquoi l’enrichissement de l’uranium inquiète
L’uranium naturel ne peut pas être utilisé directement dans un réacteur nucléaire ou dans une arme. Il doit d’abord être enrichi, c’est-à-dire que la proportion de l’isotope uranium-235 doit être augmentée.
Pour produire de l’électricité, l’uranium doit être enrichi à environ 3 à 5 %.
Mais pour fabriquer une arme nucléaire, ce niveau doit atteindre près de 90 %.
Ces dernières années, l’Iran a accumulé des stocks d’uranium enrichi à des niveaux bien plus élevés que ceux nécessaires à un usage civil, ce qui alarme les puissances occidentales et l’Agence internationale de l’énergie atomique.
Des bunkers presque impossibles à détruire
Les installations comme celles de Fordow ont justement été conçues pour résister à une attaque militaire.
Enfoui profondément sous la roche, le site est considéré comme l’un des complexes nucléaires les plus protégés au monde.
Pour atteindre ce type de bunker, il faut utiliser des armes très spécifiques appelées bombes anti-bunker.
Or, à ce jour, seuls les États-Unis disposent d’un armement capable de frapper aussi profondément sous terre : la GBU-57 Massive Ordnance Penetrator, une bombe de plus de 13 tonnes conçue pour pénétrer la roche avant d’exploser.
Selon plusieurs analyses militaires, ce type d’arme pourrait atteindre près de 80 à 100 mètres sous terre dans certaines conditions, ce qui en fait l’une des rares munitions capables de menacer des installations nucléaires enfouies dans une montagne.
Cette bombe ne peut être transportée que par des bombardiers stratégiques très spécifiques, notamment le bombardier furtif américain B-2 Spirit.
C’est pourquoi plusieurs experts estiment que les États-Unis restent aujourd’hui les seuls à disposer d’une capacité crédible pour frapper des installations nucléaires aussi profondément enterrées que celles de l’Iran.
Une guerre de l’ombre autour des sites nucléaires
Depuis plusieurs années, les installations nucléaires iraniennes sont régulièrement visées par des opérations clandestines.
Cyberattaques, sabotages, explosions mystérieuses ou frappes ciblées ont déjà touché plusieurs sites majeurs, notamment Natanz ou Isfahan.
Ces opérations visent à ralentir le programme nucléaire iranien sans provoquer un conflit ouvert.
Mais malgré ces attaques, les infrastructures les plus protégées, notamment celles enfouies sous la montagne, restent extrêmement difficiles à neutraliser.
Pickaxe Mountain, la nouvelle installation surveillée
Plus récemment, un autre site a attiré l’attention des analystes : Pickaxe Mountain, situé près du complexe nucléaire de Natanz.
Des images satellites montrent la construction d’un vaste réseau de tunnels creusés profondément dans la montagne.
Officiellement, l’Iran affirme que ces installations servent à produire et assembler des centrifugeuses pour son programme nucléaire civil.
Mais plusieurs experts estiment que ces tunnels pourraient également servir à abriter des équipements sensibles ou stocker de l’uranium enrichi, à l’abri d’éventuelles frappes.
Une stratégie souterraine
Face aux menaces d’attaques militaires, l’Iran semble avoir adopté une stratégie claire : déplacer une partie de ses installations nucléaires sous terre.
Les montagnes offrent une protection naturelle contre les bombardements et compliquent considérablement toute opération militaire.
Cette stratégie rend également les inspections internationales plus difficiles et renforce les incertitudes sur l’étendue réelle du programme nucléaire iranien.
Dans un contexte de tensions croissantes au Moyen-Orient, ces installations souterraines représentent aujourd’hui l’un des principaux points de friction entre l’Iran et les puissances occidentales.
Pour de nombreux analystes, la question n’est plus seulement de savoir si l’Iran possède les capacités techniques de produire une arme nucléaire, mais où ces capacités pourraient être dissimulées.
Et dans ce jeu stratégique, les montagnes iraniennes pourraient bien être devenues l’un des bunkers nucléaires les plus sensibles de la planète.