États-Unis : un ministre de la Santé qui pose des questions dérangeantes sur les vaccins et les pandémies
Robert F. Kennedy Jr., secrétaire à la Santé des États-Unis depuis février 2025, a livré hier une interview très tendue sur CNN. Face à Dana Bash, il a remis en cause plusieurs consensus établis pendant et après la pandémie de Covid-19. L’échange illustre un véritable changement de ton à Washington.
Un parcours atypique au sommet de la santé américaine
Robert F. Kennedy Jr. a pris ses fonctions le 13 février 2025. Longtemps connu pour ses positions critiques sur les vaccins et l’industrie pharmaceutique, il dirige aujourd’hui le Department of Health and Human Services, l’équivalent américain du ministère de la Santé. Son action s’inscrit dans le cadre de la politique « Make America Healthy Again » (MAHA), qui met l’accent sur la nutrition, la réduction des aliments ultra-transformés et une réévaluation de certaines politiques de santé publique.
Depuis son arrivée, plusieurs décisions ont déjà marqué une rupture : modification du calendrier vaccinal pédiatrique (certains vaccins passent en décision partagée avec le médecin plutôt qu’en recommandation systématique) et renforcement des contrôles sur la recherche à gain de fonction.
Les points de friction de l’interview du 2 août
L’échange avec Dana Bash a porté sur plusieurs sujets sensibles.
Sur les confinements (lockdowns), RFK Jr. a affirmé que les confinements avaient provoqué la fermeture de 3,5 millions d’entreprises et que les États-Unis avaient enregistré le taux de mortalité lié au Covid le plus élevé au monde. Il a attribué la responsabilité principale de cette gestion à Anthony Fauci, estimant que le président Trump de l’époque voulait au contraire alléger les restrictions.
Concernant les vaccins Covid chez l’enfant, il a demandé à la journaliste de lui montrer une étude démontrant clairement que le bénéfice l’emportait sur les risques. Il a également soutenu la vaccination contre la rougeole (ROR), tout en expliquant que la hausse actuelle des cas s’expliquait surtout par les interruptions de vaccination pendant les confinements, et non par la défiance vaccinale.
Sur l’autisme, il a reconnu l’existence de nombreuses études sur le vaccin ROR, mais a insisté pour que les autres vaccins administrés dans la petite enfance fassent l’objet de recherches aussi approfondies. Il a cité notamment des travaux sur l’exposition au paracétamol (Tylenol) comme piste à explorer.
Enfin, sur la préparation aux prochaines pandémies, RFK Jr. a déclaré que la protection des droits constitutionnels devait primer. Il a également plaidé pour un encadrement strict, voire un arrêt, de la recherche à gain de fonction, qu’il estime dangereuse.
Un débat qui divise
Ces positions provoquent des réactions très tranchées. Une partie de la communauté scientifique et des institutions de santé publique américaines y voient un risque de recul de la couverture vaccinale et de diffusion d’informations contestées. Plusieurs fact-checks publiés dans la foulée de l’interview soulignent que les études disponibles contredisent certaines de ses affirmations, notamment sur l’efficacité des vaccins Covid chez l’enfant et sur le lien vaccins-autisme.
De l’autre côté, ses partisans saluent une volonté de transparence et de remise en question d’un discours jugé trop uniforme pendant la pandémie. L’interview elle-même a illustré cette tension : RFK Jr. a accusé les médias, dont CNN, d’avoir contribué au problème en relayant sans distance suffisante les positions des autorités sanitaires.
Ce que cela change
Le fait qu’un secrétaire à la Santé pose publiquement ces questions constitue en soi un changement important. Pendant plusieurs années, le débat sur ces sujets était largement verrouillé aux États-Unis. Aujourd’hui, il se déroule au plus haut niveau de l’État fédéral.
Pour un lecteur français, l’intérêt de cet épisode réside moins dans le fond des positions de RFK Jr. que dans le principe même : un responsable politique de premier plan refuse de considérer certains sujets comme définitivement clos. Que l’on partage ou non ses analyses, la discussion sur la qualité des données, les effets secondaires, les alternatives thérapeutiques ou les limites des mesures coercitives redevient possible.
L’évolution de la politique de santé américaine sous l’impulsion de RFK Jr. reste à observer dans les mois qui viennent. Mais l’interview de dimanche montre déjà qu’un nouveau cadre de débat s’est installé.
Pour les anglophones, voici un extrait de l'interview, les sous-titres sont disponibles.
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