La fête obligatoire ? L’art d’en rire…

Après Noël et le jour de l’An, 2015 débute avec un drame innommable. Mais aussi avec son lot de célébrations planifiées. La  fête périodique fait partie des traditions. Mais comment faire quand on se sent décalé ? "S’en amuser" nous dit Pascal…

À l’image de la démographie en France, on peut avoir la sensation que les moments à ne pas rater sont chaque année en nette augmentation. Dernier sorti parmi d’autres : le Boxing Day ou jour de soldes le lendemain de Noël. Date qui pointe le bout de son nez et qui devrait bientôt figurer dans nos calendriers. Des fêtes à répétition animant les discussions et réveillant les porte-monnaie. "Joyeux Noël !", "Bonne Saint Valentin !", "N’oublie pas le Boxing Day !". Un vrai plaisir quand on veut jouer le jeu. Un vrai cauchemar quand on est exclu de la partie. Noël  enfonce dans leur solitude les personnes seules, la Saint Valentin ravive la plaie d’un célibat mal vécu, et difficile  de profiter des soldes quand les comptes sont au rouge !

Compliqué d’échapper au sentiment du vide nous dit Pascal, l’absence fait partie intégrante de notre existence. Eternel insatisfait, l’homme court après un bonheur inaccessible, il remplit sans fin le tonneau des Danaïdes. Condamné à se divertir, à s’agiter dans tous les sens pour combler des manques qui renaissent sans cesse, il ne peut trouver le repos que dans une conversion radicale : la croyance en Dieu, ou les retrouvailles avec un Etre infini pour être enfin comblé. Ainsi soit-il …

Croyants ou non, restons toutefois capables avec Pascal de nous ouvrir à une nouvelle perspective sur le rire dans son rapport au vide. Dur d’être monté du doigt quand on prend trop au sérieux les réjouissances sociales, difficile d’échapper à la grimace gênée lorsqu’on n’est pas au diapason des moments de bonheurs institutionnalisés. Attention à un conformisme aveugle sous peine de s’exposer en permanence au regard des autres et ne plus savoir où se mettre ! Déboussolé, pourquoi alors ne pas disparaître pour un temps en attente du retour à la normale ? Ouf, la nouba collective est finie ! Ou devenir fou comme ces rejetés d’une boîte de nuit le soir du Réveillon qui optent pour la violence en voulant tout défoncer !

Sa réputation de philosophe chrétien ne prêche pas pour lui. Et pourtant Pascal, dans Les Provinciales, garde de son éducation de gentilhomme un goût prononcé pour l’ironie : "Vous voyez donc, mes Pères, que la moquerie est quelquefois plus propre à faire revenir les hommes de leurs égarements, et qu’elle est alors une action de justice…". Puisqu’elle n’est qu’un ensemble de normes établies et variables, il faut prendre la "coutume", c’est-à-dire les usages communs, avec prudence et faire du rire un atout contre le sérieux et la violence. Refoulé d’une boîte de nuit ? Mimez un baiser à l’attention du videur et dites-lui merci de la part de votre mère ! Le rire reste avant tout un signe de distinction et d’élégance morale. Formidable redresseur de torts, il peut bousculer le Candide perdu dans la jungle impitoyable de la mondanité. Il peut être aussi une force de séduction quand il est pratiqué envers soi-même avec esprit. Il peut aussi représenter une arme fatale vis-à-vis du vaniteux malhabile au conformisme total. Mise en garde de notre philosophe : attention à l’homme appliqué qui est de toutes les réjouissances institutionnelles sans le moindre recul, dont le consensus systématique frôle parfois la religiosité. Pour Pascal, l’ordre collectif n’est qu’un jeu de conventions fonctionnant à coups de pressions sociales,  rien d’autre qu’une pièce de théâtre aux figures imposées à prendre avec habileté et une distance amusée. Ainsi faut-il vraiment une fête pour garder intacte la mémoire d’une grand-mère adorée ? Ou se dire que la St Valentin est définitivement la fête des amoureux alors qu’il est possible de la célébrer demain au hasard d’une rencontre ? Peut-être même tous les jours quand on est follement amoureux ?

En coulisse, à l’âge classique, les célébrations autour du roi n’étaient pas les dernières à faire l’objet d’une indifférence réservée ou de salves de moqueries dissimulées. Aujourd’hui, cultivons l’art de rire d’être décalé face à des traditions festives qu’il nous revient toujours de relativiser !

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