Votre Livret A bientôt taxé pour financer le nucléaire de deuxième génération ?

Publié par Matthieu Chauvin
le 09/10/2026
EPR2 EDF
Autre
© EDF
Dévoilé dans le projet de budget pour 2027, le gouvernement acte la mobilisation inédite de l'épargne populaire pour accorder un prêt massif de 60 milliards d'euros aux futurs réacteurs nucléaires d'EDF.

Le projet de loi de finances pour 2027 entérinera peut-être un tournant historique pour l'argent des ménages. Alors que l'épargne réglementée sert historiquement d'appui au logement social, l'exécutif a choisi de solliciter directement cette réserve pour accélérer la relance énergétique nationale. Cette décision engagerait des montants exceptionnels et modifie l'affectation de vos économies sans modifier les règles de base de votre compte, rapporte Capital.

Le budget 2027 officialise un prêt de 60 milliards d'euros pour les EPR2

Le texte budgétaire présenté par le gouvernement acte, à travers ses articles 48 et 69, la participation du Fonds d'épargne de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) au chantier nucléaire. Ce montage autorise un prêt plafonné à 60 milliards d'euros pour couvrir jusqu'à 60 % de la construction de six réacteurs EPR2 prévus à Penly, Gravelines et au Bugey. Selon les prévisions de l'exécutif, ce programme industriel représente un coût de référence évalué à 72,8 milliards d'euros en base 2020, soit près de 100 milliards en monnaie courante.

Les conventions de prêt devront être signées avant le 31 décembre 2028. Les remboursements s'échelonneront sur une durée de 35 ans, en prévision d'une entrée en service des premiers réacteurs programmée vers 2038. Emmanuel Macron avait rappelé l'ambition de ce projet lors d'un déplacement à Penly : "On n'arrivera pas à gagner la bataille du climat, de la compétitivité et de la souveraineté sans le nucléaire."

Un montage financier inédit supporté par les finances publiques

La Caisse des dépôts centralise actuellement plus de 440 milliards d'euros déposés sur les Livret A, LDDS et LEP. Olivier Sichel, directeur général délégué de l'institution, a confirmé cette orientation devant la presse économique : "On s'est mis d'accord avec Bercy et EDF sur le recours au Fonds d'épargne." Pour alléger la charge de l'électricien national, la filiale de projet d'EDF bénéficiera d'un prêt bonifié à taux zéro durant toute la phase de construction.

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Cette gratuité pour l'industriel implique un coût immédiat pour l'État, qui doit compenser le manque à gagner auprès du Fonds d'épargne. Le budget 2027 ouvre une première enveloppe de 137,8 millions d'euros sur un "compte de commerce"  pour régler ces intérêts intercalaires. À terme, cette facture publique d'intérêts représentera plusieurs dizaines de milliards d'euros. Ce dispositif d'aide reste toutefois suspendu à l'accord officiel de la Commission européenne, qui doit vérifier sa conformité avec les règles de la concurrence.

Sécurité totale pour votre épargne mais un risque fiscal différé

Pour les titulaires d'un livret, la sécurité reste intacte au quotidien. Le capital demeure garanti à 100 % par l'État, les retraits restent possibles à tout instant et le plafond de versement reste fixé à 22 950 euros. Le rendement officiel, établi à 1,7 % depuis le 1er août 2026, continue d'être appliqué à l'identique, sans prélèvement lié aux travaux d'EDF.

Le risque financier bascule en réalité sur le contribuable. L'article 69 du budget engage la garantie de l'État jusqu'en 2090 en cas d'impayé ou de dérapage budgétaire du chantier. Pour les épargnants refusant d'associer leurs fonds à la filière atomique, la seule alternative consiste à déplacer leurs avoirs vers des supports non centralisés, tels que l'assurance-vie en fonds euros, les livrets bancaires classiques ou les placements dédiés aux énergies renouvelables.

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